Mardi 17 juillet 2007
Tout est à recommencer
J'étais bien décidé à explorer plus avant le territoire autour de la maison. J'avais préparé des itinéraires, échafaudé des aventures qui feraient de moi un authentique découvreur de trésors, un aventurier comme on n'en a plus vu depuis le XVIIIe siècle. Mais dans la soirée, mes maîtres ont commencé à ranger toutes leurs affaires, ainsi que les miennes, dans les sacs de voyage. Le séjour était-il subitement écourté ? Je ne parvenais pas à l'envisager. Il était déjà tard : le soleil n'était plus qu'une pâle lueur lointaine derrière les arbres, il n'était pas heure à prendre le départ. Bien que les sacs aient été rapidement descendus à l'entrée de la maison, mes maîtres ne semblaient pas dans le même état de fébrilité qui accompagne leurs voyages, et ils ne tenaient pas à notre hôte le discours habituel des remerciements convenus. Au contraire, ce dernier préparait comme à l'habitude un repas aux odeurs fort alléchantes. Il y avait manifestement une anomalie dans ce tableau.
Le dîner eut lieu le plus normalement du monde, dans le jardinet que j'avais exploré plut tôt, à coup de légumes du pays et de grillades. Les papotages allaient bon train, et je soupçonnais que mes maîtres, sans doute sous l'action du soleil provençal ou à cause d'un bain de mer prolongé qui leur aurait retourné l'esprit, s'étaient simplement trouvé une soudaine passion pour le rangement. Une passion pathologique, car vous conviendrez que même en étant un fervent partisan du "chaque chose à sa place", il n'est pas usuel de déposer ce que l'on vient de ranger sur le pas de sa porte. L'énigme restait entière.
Quand le repas fut terminé, les reliefs débarrassés et le lave-vaisselle nourri, mes maîtres prirent leurs sacs, qui sur le dos, qui sous le bras, et commencèrent à s'éloigner à pied de la maison. Ils n'allèrent pas bien loin dans la nuit noire. Ils empruntèrent à quelques pas du jardinet un petit escalier qui descendait au milieu des buissons, et qui menait à une autre maison, juste un peu en contrebas. Je fus contraint de les suivre, ou plus exactement, je fus soulevé et transporté au milieu des sacs.
Je me retrouvai dans un endroit qui ne m'était pas inconnu. Quelques instants et une vague reconnaissance du terrain suffirent à rafraîchir ma mémoire : mes maîtres et moi-même étions déjà venus ici il y a quelques mois. J'étais encore un gamin à cette époque, mais cette très légère fragrance (que seul l'odorat très développé d'un chat pouvait déceler) sur le petit lit du salon faisant office de canapé ne pouvait mentir : j'avais déjà honoré ces lieux de ma présence. Ce souvenir en appela un autre, que j'avais tant bien que mal tenté de refouler tant le traumatisme fut grand, qui revint comme un flash. Je revivai en un instant plusieurs heures d'angoisse vécues l'année passée. Je n'aime pas trop en parler, peut-être vous la conterai-je un jour, quand j'aurai suffisamment travaillé sur moi-même.
Les sacs de voyage furent à nouveau ouverts et les affaires savamment éparpillées. Quant à moi, il fallait que je reprenne possession des intérieurs et des extérieurs. Pour l'heure, mes maîtres se préparaient à dormir. Je décidai d'en faire autant.
lire aussi :
chapitre 1 : Préparatifs
chapitre 2 : Le voyage
chapitre 3 : Accoutumance
chapitre 4 : Sortir
chapitre 5 : Tout est à recommencer
chapitre 6 : La niche du chat
chapitre 7 : Ma fenêtre préférée
chapitre 8 : Le blues du voyageur
J'étais bien décidé à explorer plus avant le territoire autour de la maison. J'avais préparé des itinéraires, échafaudé des aventures qui feraient de moi un authentique découvreur de trésors, un aventurier comme on n'en a plus vu depuis le XVIIIe siècle. Mais dans la soirée, mes maîtres ont commencé à ranger toutes leurs affaires, ainsi que les miennes, dans les sacs de voyage. Le séjour était-il subitement écourté ? Je ne parvenais pas à l'envisager. Il était déjà tard : le soleil n'était plus qu'une pâle lueur lointaine derrière les arbres, il n'était pas heure à prendre le départ. Bien que les sacs aient été rapidement descendus à l'entrée de la maison, mes maîtres ne semblaient pas dans le même état de fébrilité qui accompagne leurs voyages, et ils ne tenaient pas à notre hôte le discours habituel des remerciements convenus. Au contraire, ce dernier préparait comme à l'habitude un repas aux odeurs fort alléchantes. Il y avait manifestement une anomalie dans ce tableau.
Le dîner eut lieu le plus normalement du monde, dans le jardinet que j'avais exploré plut tôt, à coup de légumes du pays et de grillades. Les papotages allaient bon train, et je soupçonnais que mes maîtres, sans doute sous l'action du soleil provençal ou à cause d'un bain de mer prolongé qui leur aurait retourné l'esprit, s'étaient simplement trouvé une soudaine passion pour le rangement. Une passion pathologique, car vous conviendrez que même en étant un fervent partisan du "chaque chose à sa place", il n'est pas usuel de déposer ce que l'on vient de ranger sur le pas de sa porte. L'énigme restait entière.
Quand le repas fut terminé, les reliefs débarrassés et le lave-vaisselle nourri, mes maîtres prirent leurs sacs, qui sur le dos, qui sous le bras, et commencèrent à s'éloigner à pied de la maison. Ils n'allèrent pas bien loin dans la nuit noire. Ils empruntèrent à quelques pas du jardinet un petit escalier qui descendait au milieu des buissons, et qui menait à une autre maison, juste un peu en contrebas. Je fus contraint de les suivre, ou plus exactement, je fus soulevé et transporté au milieu des sacs.
Je me retrouvai dans un endroit qui ne m'était pas inconnu. Quelques instants et une vague reconnaissance du terrain suffirent à rafraîchir ma mémoire : mes maîtres et moi-même étions déjà venus ici il y a quelques mois. J'étais encore un gamin à cette époque, mais cette très légère fragrance (que seul l'odorat très développé d'un chat pouvait déceler) sur le petit lit du salon faisant office de canapé ne pouvait mentir : j'avais déjà honoré ces lieux de ma présence. Ce souvenir en appela un autre, que j'avais tant bien que mal tenté de refouler tant le traumatisme fut grand, qui revint comme un flash. Je revivai en un instant plusieurs heures d'angoisse vécues l'année passée. Je n'aime pas trop en parler, peut-être vous la conterai-je un jour, quand j'aurai suffisamment travaillé sur moi-même.
Les sacs de voyage furent à nouveau ouverts et les affaires savamment éparpillées. Quant à moi, il fallait que je reprenne possession des intérieurs et des extérieurs. Pour l'heure, mes maîtres se préparaient à dormir. Je décidai d'en faire autant.
lire aussi :
chapitre 1 : Préparatifs
chapitre 2 : Le voyage
chapitre 3 : Accoutumance
chapitre 4 : Sortir
chapitre 5 : Tout est à recommencer
chapitre 6 : La niche du chat
chapitre 7 : Ma fenêtre préférée
chapitre 8 : Le blues du voyageur
par Tiger
publié dans :
ma vie de chat
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Au soir de la fête nationale, mes maîtres ont
fait comme tous bons touristes qui se respectent, et aussi comme tous français dignes de ce nom, enfin bref, en un mot comme en cent, inutile de tourner autour du pot, trèves de digressions, bon
ils sont allés voir le feu d'artifice ça y est je l'ai dit. Je vous rassure, ils n'en sont pas (encore ?) à regarder le défilé à la télévision, mais je reste vigilant ! Il ne manquerait plus
qu'il tombent à leur tour dans cette nauséabonde atmosphère néo-gaullienne de bazar qui fait führer actuellement.
Après en avoir soigneusement inspecté les coins et les recoins, les dessous de meubles, du canapé, l'arrière de l'écran de télévision et reniflé attentivement la
niche où sont entreposées les bûches sous la cheminée, j'ai aperçu une fenêtre grand ouvert. Je m'en suis approché et j'ai sauté presque sans hésiter. Arrivé là, je me suis dit que j'avais déjà
fait un grand pas. Il était temps de ne pas trop se précipiter dans l'inconnu extérieur. J'ai donc décidé qu'il était temps de me lancer dans une nouvelle observation minutieuse de ce qui se
passait sous mes yeux. Assailli par tant d'informations, engourdi par la forte chaleur bienfaisante du soleil, je restai peut-être plusieurs heures à organiser ma future expédition. Puis vint le
moment où je me sentis prêt. Le rebord de la fenêtre se prolongeait à droite et à gauche sur le mur extérieur en un chemin de quelques centimètres de large, ce qui est largement suffisant pour
s'y aventurer.
J'optai pour la gauche
et parvenai rapidement à un jardinet de gravier et d'épines de pin séchées. Quelques arbustes assoifés, un ou deux cactus, quelques pots d'herbes aromatiques et un barbecue électrique entouraient
une table de fer et quatre chaises en plastique. A l'autre bout du jardinet descendait un chemin en pente plus ou moins douce vers des horizons trop lointains pour moi. Près du mur de la maison,
quelques marches permettaient d'accéder au chemin principal qui passe devant la maison, et qui est aussi le territoire de jeu du Monstre.
Sa présence est partout, mais nous ne nous sommes pas croisés.
Depuis deux jours, il est contenu dans la partie basse de la maison, côté cuisine, et bénéficie de toute liberté pour entrer et sortir à sa guise. Moi, j'ai l'étage et le salon. il m'est arrivé
de descendre furtivement, mais jamais bien longtemps. Il faut dire que son odeur est très présente en bas, bien plus qu'en haut. Et croyez-moi, l'odeur d'un labrador n'est pas ce que je connais
de plus agréable. Hier soir, la porte de la cuisine, qui fait office de frontière entre nos deux univers, est restée ouverte. Pas fou, je ne suis pas descendu. Lui ne peut pas monter car un gros
fauteuil bloque l'accès à l'escalier. Jusqu'ici, tout va bien.
Je vous ai dit un jour que
j'adorais notre ordinateur blanc. Celui qui ne fait pas de bruit. Celui qui ne s'enrhume jamais. Celui qui est joli et efficace. Je tenais à vous le montrer. Le voici le jour où il est
arrivé. C'était l'an dernier. Un beau moment d'émotion après que le précédent, un petit gris, ait été pris de convulsions, réanimé en urgence et sauvé de justesse. Celui-ci fonctionne à
merveille. Il fait chaque jour le bonheur de mes maîtres... et le mien ;-) Petit clin d'oeil aux connaisseurs : il fonctionne sous Tiger, naturellement !
Dans mon
souvenir, la campagne était un endroit où il y a du soleil, contrairement à la ville où le ciel est gris comme les rues, les bâtiments et les âmes. Sans doute ma mémoire me joue-t-elle des
tours, ou alors la météo est déglinguée, quoi qu'il en soit, de toutes mes vies, jamais je n'avais vu une fin juin aussi moche.
Le plus sage m'a
semblé de commencer par explorer les intérieurs. Je me suis donc faufilé dans la maison qui se trouvait là à la recherche d'une sortie. Oui, c'est une caractéristique courante chez nous. Quand
nous entrons quelque part, nous cherchons en premier lieu un moyen de sortir... D'une manière générale, le but de la vie des chats est de rentrer quand on est dehors et de chercher à sortir quand
on est dedans. J'ai fini par dénicher une fenêtre ouverte au premier étage, en haut d'un escalier. Je me suis donc faufilé sur le toit. c'était drôle, car il était assez pentu et
glissant. Une vieille gouttière à moitié solide m'invitait à la promenade. Je n'ai pas résisté longtemps. Du bout de la gouttière, on voyait bien mieux le toit. Pris par un
irrésistible de découvrir ce qui pouvait bien se cacher de l'autre côté de la fenêtre, j'ai entrepris l'ascension du toit. Je dois avouer que je me demandais aussi quelle vue on pouvait
avoir depuis l'antenne de télé. Malheureusement, mes maîtres ne l'entendaient pas ainsi. Me voyant sur le toit, ils ont cherché à me faire redescendre en m'appelant avec des voix
mielleuses, comme
si cela avait un effet sur moi !
pouvoir les prendre en photo quand ils en sont à
quatre pattes, les fesses en l'air, le visage collé au sol, la bouche tordue, en train de dire "non, il n'est pas là, je ne le vois pas".
J'ai senti un peu de dédain dans son attitude. J'ai fini par comprendre qu'il m'ignorait ostensiblement. Sans doute s'était-il douté de mon origine citadine et avait-t-il
décidé de jouer le méprisant. Ou alors est-ce ma couleur qui ne lui plaisait pas ? J'ai continué mon chemin mais je ne pouvais pas m'empêcher de repenser à cette étrange rencontre. Y aurait-il
une différence entre les chats des villes et les chats des champs ? Les chats ne seraient-ils pas égaux quelle que soit leur couleur de poils ?




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