Vendredi 27 juillet 2007

Non content de se prendre pour l'empereur des Français, voilà que nabot-Léon, jamais en manque d'une surenchère, est allé donner aux étudiants de Dakar une leçon de civilisation. Il a leur expliqué en substance que le paysan sénégalais vivait encore comme au Moyen-Âge. Il "vit avec les saisons" et "ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes". "Jamais il ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer" a-t-il expliqué aux étudiants éberlués, qui n'ont pas manqué d'afficher des visages mi incrédules, mi outragés en sortant de l'amphithéâtre bondé. Sarkozy a donc eu le culot de continuer sa tournée africaine comme un missionnaire, avec ses discours et ses affirmations bien scotchés sur son écusson de chevalier blanc. Et d'asséner sans sourciller des images d'Epinal bien senties. Imaginez Georges Bush déclarant à la Sorbonne que le français moyen, avec sa baguette sous le bras et son bérêt sur la tête, vit dans de très mignons villages dans lesquels il passe son temps à boire du vin rouge, labourer les champs avec les tracteurs du plan Marshall et mâcher des chewing-gums donnés par les GI's à la libération. Ça aurait de la classe, non ?
Notre président n'a pas fait autre chose à Dakar, se ridiculisant et provoquant la colère de tous les commentateurs sénégalais, humiliés par le discours d'un donneur de leçon qui ne connaît pas son sujet.
Mais sans doute l'essentiel est-il ailleurs. Cette affaire aura le mérite de faire parler du président français, encore et toujours. Sa stratégie d'omniprésence dans les médias s'accomode fort bien de ce genre de considérations. Justement, parlons un peu des médias. Pour s'assurer que sa tournée africaine serait correctement couverte par nos si indépendants journalistes que le monde entier nous envie, la présidence française va tout simplement prendre en charge l'ensemble des dépenses de nos Tintin reporters bleu-blanc-rouge. Pour trouver cette info, inutile de lire la presse française ! Il faut traverser la Méditerrannée et aller la chercher soi-même sur le continent noir :  le quotidien sénégalais l'as.sn nous apprend que "Sarkozy a affrété un vol spécial à cent journalistes" pour suivre son périple. A Dakar, les journalistes sont logés à l'hôtel Méridien aux fraix de l'Etat français. Pour la nourriture ? Idem. Gardez bien vos factures de resto, les gars ! Et vos tickets de blanchisserie également ! Et ce sera comme ça pour tout au long de la tournée.
C'est formidable : les français vont  pouvoir suivre la dans les journaux, à la radio ou à la télé, la tournée d'évangélisation de leur leader si charismatique , et obtenir une information  tout en courbettes et en cirage de pompes présidentielles, payée avec leurs impôts. Vive la presse libre !

Bien sûr, il y a Afrique et Afrique. Il ne faut pas confondre le Sénégal exportateur d'immigrés et la Lybie, bien connu pour l'humanisme de son dirigeant depuis 40 ans, auquel notre président a décidé d'offrir sa femme et nos technologies nucléaires. Le boucher de Tripoli devenu un partenaire commercial des plus respectables : l'inventivité agitée de notre super-président semble ne pas avoir de limite. Courage, plus que quatre ans et dix mois.

source : rue89.com


par Tiger publié dans : ça ne tourne pas rond
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Vendredi 27 juillet 2007

Pour faire suite à cet article et à celui-ci, voilà que les troisième et quatrième morceaux des Insuccès en spectacle sont disponibles au téléchargement.

Cliquez sur les titres pour les télécharger :

3 - cass de pouëlle
4 - tendresse/Paul


Comme vous le savez maintenant, vous avez le droit de faire un don à la fondation Cowboys Fringants qui finance des projets de sauvegarde de la Nature en cliquant ici.

Les morceaux précédents se trouvent ici :
par Tiger publié dans : mes oreilles leur disent Merci
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Lundi 23 juillet 2007

Le blues du voyageur

J'ai dormi sans discontinuer pendant des heures et des heures. Par "sans discontinuer", j'entends "à part pour réclamer mes croquettes ", bien sûr.  Un sommeil peuplé d'étranges rêves qui m'arrachent des gloussements indéchiffrables. Il faut dire que l'ambiance est assez étrange : plus le bruit des cigales, plus la cabane au-dessus de la douche, plus le grelot du monstre. Plus les balades au sortir d'une fenêtre laissée entrouverte à mon intention. Le temps est pourri. On se croirait au mois d'avril. Nous avons quitté la Provence. Les vacances sont terminées, mais seuls mon maître et moi sommes rentrés chez nous. Ma maîtresse joue les prolongations du côté de Lyon. Elle me manque. Ses calins surtout. Surtout aussi sa façon de m'aimer, si palpable. Ça doit vous paraître étrange mais nous, les animaux,  sommes capables de voir vos sentiments comme s'ils étaient faits de matière. Ils le sont, d'ailleurs. Ceux que ma maîtresse éprouvent pour moi sont le plus grand réconfort que je connaisse. Je m'y love dès que possible, je m'en entoure à chaque instant, je m'en parfume à toute occasion. Son amour me construit et me définit : sans lui, je ne serais pas moi. Alors oui, elle me manque. Je trompe l'ennui en dormant, en parlant avec mon maître : où est-elle ? quand reviendra-t-elle ? Il me répond qu'il m'aime, me fais des calins, fais tout ce qu'il peut. C'est bien, mais ce n'est pas elle. Je vois bien que lui non plus n'est pas entier sans elle.

La journée du retour a commencé très tôt. Lever aux aurores dans la fraîcheur du matin. Branle-bas de combat général. On boucle les sacs, on fait un semblant de ménage, on n'a pas envie de partir, alors forcément, on s'irrite un peu, on se dit "dépêche-toi", on se répond "vas-y, ne m'attends pas"... Comme d'habitude, on trouve les sacs bien plus lourds qu'à l'aller. Puis vient le moment de partir pour de bon. "Papa", adorable jusqu'au bout, a proposé de nous amener jusqu'à la grande gare, nous évitant le TER. Je n'ai pas envie de monter dans la voiture, et tout le long du trajet, je le fais savoir à l'ensemble des automobilistes qui empruntent l'autoroute en même temps que nous, en criant de désespoir avec la régularité d'un métronome suisse. Quand mon maître me caresse beaucoup, je diminue le tempo. A l'arrivée, je suis tellement sur les nerfs que j'accueille avec joie l'ouverture de mon sac de transport. Contrairement à mon habitude, je m'y engouffre sans demander mon reste. A la montée dans le train, mes maîtres me glissent sous le siège à leurs pieds. Ils se souviendront que la climatisation souffle par en-dessous vers la fin du voyage. Ça ne me dérange pas. Ce vent froid et le stress du voyage en voiture s'unissent pour me plonger presqu'instantanément dans un engourdissement auquel je n'essaie même pas de résister.

A l'arrivée, le temps est gris, il pleut, il fait froid. Mes maîtres s'achètent des sandwichs qu'ils mangent debout dans le hall de la gare, dans le tumulte des voyageurs qui partent ou qui reviennent, dans la cohue de tous ceux qui attendent un train ou qui viennent chercher un voyageur. Ils peinent à se séparer. Je commence à trouver le temps long dans mon sac. Je gesticule pour leur faire comprendre. Finalement, mon maître prend ses bagages, cale mon sac sous son bras. Ma maîtresse me fait un dernier calin, puis on s'en va. Elle reste, attendant un train pour repartir dans l'autre sens. tiger-m--lancolie.pngDans le métro, je sais que le voyage touche à sa fin. A chaque station, je sens notre chez-nous qui se rapproche. Puis c'est notre rue. Il pleut, et les gouttes passent au travers des filets d'aération de mon sac. Je râle. Je veux sortir de ce sac. J'en ai vraiment assez. Dans l'ascenseur, je m'agite tellement que mon maître condescend à me laisser sortir et couvrir les derniers mètres sur mes pattes. L'ascenseur s'ouvre, je me précipite sur le pallier. Mon maître donne les deux tours de clefs dont le bruit m'est si familier, et ça y est, je suis chez moi. Soulagé. Déçu. Triste. Comme un retour de vacances. Ma maîtresse me manque.



lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée



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Jeudi 19 juillet 2007

Ma fenêtre préférée

J'ai adopté mon rythme de croisière. Compte tenu du temps qu'il me reste à passer ici, j'ai limité ma surface de jeu à quelques longueurs autour de la maison. Je reste prudent car j'entends parfois tinter le grelot du monstre, signe qu'il rode alentour. J'ai même repéré l'odeur de son urine à des endroits stratégiques. Stratégiques... pour un chien comme lui, peut-être. Mais pas pour moi. Ce ballot ignore sans doute que les chats ne se laissent pas mener par le bout de la truffe par leurs instincts comme de vulgaires canidés. Mais bon, comment l'animal qu'il est pourrait-il pressentir que je suis bien plus malin que lui ? Il a la puissance brute, j'ai l'intelligence. L'un compense l'autre. Je me dois donc d'assurer mes arrières. Je l'ai fait en me dégotant ma niche, je le fais encore en repérant, avant mes sorties, toutes les possibilités de retour, principalement par les fenêtres. Dans ma maison, il ne peut pas m'atteindre car mes maîtres prennent soin de fermer les portes pour lui en empêcher l'accès. Seules les fenêtres sont ouvertes partiellement.
Ma fenêtre préférée donne sur une petite terrasse carrelée qui ne sert pas à grand chose car elle n'est pas protégée des ardeurs du soleil. Elle fait parfois office de solarium mais reste la plupart du temps déserte. Tiger-pingpong.pngLa seule chose que j'y ai découvert est une balle de tennis de table orange qui semble aussi abandonnée que le reste de l'endroit. Pas une fois je n'ai vu mes maîtres s'adonner à la pratique de ce sport, je suppose donc que cette balle erre sur le carrelage depuis longtemps, peut-être l'été précédent, au gré des vents qui parviennent à se faufiler entre les collines arborées qui entourent mon lieu de villégiature.
Sur deux de ses côtés, cette terrasse est équipée de garde-fous en fer forgé. L'un donne sur un contrebas de plus de trois mètres, l'autre sépare la terrasse d'un chemin autrefois carrossable assez pentu. A son extrémité la plus basse, la terrasse est presque au niveau du chemin. C'est généralement par là que je choisis de m'éloigner vers les arbres.





Quand vient le soir et avec lui un semblant de fraîcheur, j'aime me poster sur le bord de ma fenêtre préférée. De là, ni dedans ni dehors, j'observe à loisir les territoires que j'ai découverts, je me remémore ce que j'ai vu et vécu, je prépare mes expéditions futures, j'affine mentalement les plans des différentes zones du territoire. Tiger-fenetre-Ceyreste.pngJ'écoute les cigales cesser les unes après les autres leurs stridulations zézayantes, au fur et à mesure que le soleil s'enfonce derrière les arbres, n'accordant au paysage qu'une lumière de plus en plus déclinante. Je pourrais rester comme ça des heures. D'ailleurs, c'est ce que je fais, si toutefois le grelot annonciateur ne se fait pas entendre. L'autre soir, emporté dans mes pensées, je n'ai pas entendu le monstre s'approcher. Il avait du s'avancer chaussé de ses chaussettes de silence et son grelot n'avait pas tinté. Je le vis au dernier moment, qu'un sinistre grondement remontait de sa gorge avant d'éclater en un terrible aboiement. Réfléchissant à toute vitesse, je me dis qu'une fuite dans la maison entraînerait un saut du monstre à travers la fenêtre, même si cette dernière ne laissait pas assez d'espace pour qu'il puisse passer. Il risquait de casser quelque chose, un montant de fenêtre ou, se réceptionnant tant bien que mal à l'intérieur, les affaires de mes maîtres rangées tout près. Avant que l'aboiement ait fini de résonner, j'avais moi-même terminé mon raisonnement et opté pour une fuite sur le côté et une course autour de la terrasse. Le monstre me suivrait, dégageant ainsi l'accès à la fenêtre. Le temps de faire le tour, le bruit aurait alerté mes maîtres qui jouaient à la pétanque non loin de là. J'aurai le temps de rentrer par la fenêtre et de plonger vers ma niche avant que le molosse ait eu le temps de comprendre où j'étais passé. Et c'est ce qui arriva. Le monstre se jeta à ma poursuite en beuglant comme un damné dans les flammes de l'enfer, tentant de me suivre tant bien que mal. Pour donner du piment à la scène, je poussai moi aussi quelques cris suraigus dont je savais qu'ils provoqueraient une attention immédiate chez mes maîtres. Après avoir accompli le tour de la terrasse, je sautai à travers la fenêtre entrouverte et fonçai dans la niche au-dessus de la douche. Glissant un oeil hors de mon repère, je constatai avec satisfaction que mes maîtres avaient accouru en criant et que le monstre, dépité, tentait vainement de comprendre par quel prodige je m'étais instantanément volatilisé.



lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée
chapitre 8 :  Le blues du voyageur
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Mercredi 18 juillet 2007

La niche du chat

Le monstre et moi ayant désormais chacun notre domaine, je décidai, ce matin, qu'il était temps de commencer les vacances pour de vrai. Je commençai par terminer de visiter l'intérieur. Je passai consciencieusement en revue tous les coins et recoins, allant même, à l'aurore, jusqu'à ouvrir la porte de la cuisine que mes maîtres avaient pris soin de fermer avant de se coucher. Je parviens sans problème à ouvrir presque toutes les portes, mais ma méthode n'est pas la plus silencieuse ni la plus discrète. En fait, j'agis presque comme n'importe qui le ferait : j'exerce une pression sur la poignée jusqu'à ce que la porte s'ouvre. C'est bête comme chou. Je saute sur la poignée, je l'agrippe avec mes pattes antérieures, sous mon poids, elle pivote lentement vers le bas jusqu'à permettre l'ouverture de la porte. A ce stade, je glisse au sol et la poignée remonte d'un coup, provoquant un claquement caractéristique. Généralement, mes maîtres arrivent alors en courant pour m'empêcher de commettre l'irréparable, comme déchiqueter un sac poubelle par exemple. A l'aurore donc, mon maître a débarqué, réveillé en sursaut par mes exploits gymnastes. Il m'a sermonné, m'a jeté hors de l'antre et a refermé la porte en m'enjoignant de ne pas recommencer. Ce que je fis pendant plusieurs minutes. Ma seconde tentative a eu raison de sa résistance. Nul ne vint m'importuner dans mon exploration. Mes maîtres étaient bien trop occupés à essayer de finir leur nuit dans la chaleur de leur chambre. A leur réveil plusieurs heures plus tard, ils purent constater que la porte de la cuisine était ouverte, qu'aucun sac poubelle n'était éventré, aucune victuaille mise à mal par mon instinct ou ma dentition. Que cela serve de leçon à leur paranoïa. Non mais pour qui me prennent-ils ?
Tiger-maisondubas.pngLors de mes pérégrinations, je redécouvrai avec délice un coin que j'avais trouvé aux dernières heures de mon précédent séjour. Il s'agit d'une sorte de niche au-dessus de la douche, dans laquelle règne en permanence une température fraîche. Ayant grandi depuis l'année dernière, je n'avais plus aucune difficulté pour y accéder, et le  bond de près de deux mètres ainsi que les quelques pas le long d'une percée dans la cloison ne me faisaient absolument pas peur. Encombrée d'antiques ustensiles de toilette,  cette niche bizarrement placée allait vite devenir mon lieu de repos favori.
Une fois que j'eus mémorisé le plan de la maison dans son intégralité, le temps vint de passer à l'extérieur. Dans le petit matin, la fraîcheur (relative) de la nuit n'e s'était pas encore suffisamment estompée pour réveiller les cigales. Seules quelques téméraires insomniaques répétaient timidement leurs trilles, laissant un silence relatif planer sur le jardin et la colline alentour. C'est l'heure à laquelle même les couche-tard aiment à faire l'effort de se lever pour aller se dégourdir les jambes dans les chemins environnements avant que le soleil et la chaleur n'écrasent toute velléité d'effort pour le restant de la journée. tiger-ceyreste02.pngMes maîtres ne faisant pas partie de cette catégorie, j'étais seul dehors, le coeur rempli de témérité. Enfin j'étais l'aventurier authentique, le découvreur de civilisations, l'ouvreur de  chemins vers des mondes inexplorés, j'étais Colomb, j'étais Livingstone, le monde était à moi, au moins jusqu'au grillage de la propriété. Je découvris ainsi des chemins de terre et de cailloux, j'inventoriais les arbres, je traversai une savane de hautes herbes, rien ne pouvait m'arrêter.
La journée passa ainsi. Je vis mes maîtres quitter la maison avec une serviette de plage sur le dos, puis je les vis revenir, ils vivaient leur vie, je vivais la mienne. Je me mis à rêver que la vie pourrait s'écouler ainsi, paisible et loin du tumulte des grandes villes. Juste eux, moi et la nature environnante qui m'emplissait l'âme et me donnait des pistes pour la recherche du vrai sens de la vie. Pourtant, je fus vite amené à redescendre sur Terre. J'entendis un bruit de moteur. Une voiture s'approcha, se gara. tiger-nicheDouche.pngPuis j'entendis des voix. Je m'avançai prudemment pour voir ce qu'il se passait. Je vis le propriétaire des lieux (celui que ma maîtresse appelle"papa" et qui est le maître du monstre) accueillir deux personnes. Visiblement, "papa" recevait. Je repartis vers la maison tourner autour des jambes de ma maîtresse. Un peu plus tard, j'entendis tinter le grelot que porte en permanence le monstre autour du cou. Méfiant, je me concentrai sur ce bruit. Soudain, "papa" déboula avec ses invités... et le monstre ! Celui-ci m'aperçut et se mit à aboyer et à courir dans ma direction. Je fis gonfler ma queue pour tenter de l'impressionner, mais je me rendis compte instantanément de ce que cette situation avait de ridicule par rapport à la taille du molosse. Je décidai d'appliquer mon plan B et me précipitai vers mon coin-niche. Là, j'étais sûr que le monstre ne pourrait m'atteindre. Mon maître, qui prenait une douche, fut surpris de me voir sauter et me terrer au fond de ma cachette. Peu importe ce qu'il pensait de la situation, j'étais bien décidé à rester là haut jusqu'à la complète disparition du monstre.



lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée
chapitre 8 :  Le blues du voyageur
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Mardi 17 juillet 2007

Tout est à recommencer

J'étais bien décidé à explorer plus avant le territoire autour de la maison. J'avais préparé des itinéraires, échafaudé des aventures qui feraient de moi un authentique découvreur de trésors, un aventurier comme on n'en a plus vu depuis le XVIIIe siècle. Mais dans la soirée, mes maîtres ont commencé à ranger toutes leurs affaires, ainsi que les miennes, dans les sacs de voyage. Le séjour était-il subitement écourté ? Je ne parvenais pas à l'envisager. Il était déjà tard : le soleil n'était plus qu'une pâle lueur lointaine derrière les arbres, il n'était pas heure à prendre le départ. Bien que les sacs aient été rapidement descendus à l'entrée de la maison, mes maîtres ne semblaient pas dans le même état de fébrilité qui accompagne leurs voyages, et ils ne tenaient pas à notre hôte le discours habituel des remerciements convenus. Au contraire, ce dernier préparait comme à l'habitude un repas aux odeurs fort alléchantes. Il y avait manifestement une anomalie dans ce tableau.
Le dîner eut lieu le plus normalement du monde, dans le jardinet que j'avais exploré plut tôt, à coup de légumes du pays et de grillades. Les papotages allaient bon train, et je soupçonnais que mes maîtres, sans doute sous l'action du soleil provençal ou à cause d'un bain de mer prolongé qui leur aurait retourné l'esprit, s'étaient simplement trouvé une soudaine passion pour le rangement. Une passion pathologique, car vous conviendrez que même en étant un fervent partisan du "chaque chose à sa place", il n'est pas usuel de déposer ce que l'on vient de ranger sur le pas de sa porte. L'énigme restait entière.
Quand le repas fut terminé, les reliefs débarrassés et le lave-vaisselle nourri, mes maîtres prirent leurs sacs, qui sur le dos, qui sous le bras, et commencèrent à s'éloigner à pied de la maison. Ils n'allèrent pas bien loin dans la nuit noire. Ils empruntèrent à quelques pas du jardinet un petit escalier qui descendait au milieu des buissons, et qui menait à une autre maison, juste un peu en contrebas. Je fus contraint de les suivre, ou plus exactement, je fus soulevé et transporté au milieu des sacs.

Je me retrouvai dans un endroit qui ne m'était pas inconnu. Quelques instants et une vague reconnaissance du terrain suffirent à rafraîchir ma mémoire : mes maîtres et moi-même étions déjà venus ici il y a quelques mois. J'étais encore un gamin à cette époque, mais cette très légère fragrance (que seul l'odorat très développé d'un chat pouvait déceler) sur le petit lit du salon faisant office de canapé ne pouvait mentir : j'avais déjà honoré ces lieux de ma présence. Ce souvenir en appela un autre, que j'avais tant bien que mal tenté de refouler tant le traumatisme fut grand, qui revint comme un flash. Je revivai en un instant plusieurs heures d'angoisse  vécues l'année passée. Je n'aime pas trop en parler, peut-être vous la conterai-je un jour, quand j'aurai suffisamment travaillé sur moi-même.

Les sacs de voyage furent à nouveau ouverts et les affaires savamment éparpillées.  Quant à moi, il fallait que je reprenne possession des  intérieurs et des extérieurs. Pour l'heure, mes maîtres se préparaient à dormir. Je décidai d'en faire autant.


lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée
chapitre 8 :  Le blues du voyageur
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Lundi 16 juillet 2007

Sortir



Tiger-Feud-Artifice.pngAu soir de la fête nationale, mes maîtres ont fait comme tous bons touristes qui se respectent, et aussi comme tous français dignes de ce nom, enfin bref, en un mot comme en cent, inutile de tourner autour du pot, trèves de digressions, bon ils sont allés voir le feu d'artifice ça y est je l'ai dit. Je vous rassure, ils n'en sont pas (encore ?) à regarder le défilé à la télévision, mais je reste vigilant ! Il ne manquerait plus qu'il tombent à leur tour dans cette nauséabonde atmosphère néo-gaullienne de bazar qui fait führer actuellement.
De mon côté, j'ai pris conscience que je passerais sûrement à côté de quelque chose en restant allongé dix jours allongé sous un lit, aussi confortable que puisse être la moquette. J'ai donc décidé de prendre mon courage à quatre pattes et de m'aventurer plus loin que la deuxième marche qui descend au rez-de-chaussée. Après avoir vérifié que la voie était libre, je suis prudemment descendu dans la salon de la maison. Tiger-ceyresteFenetreInt.pngAprès en avoir soigneusement inspecté les coins et les recoins, les dessous de meubles, du canapé, l'arrière de l'écran de télévision et reniflé attentivement la niche où sont entreposées les bûches sous la cheminée, j'ai aperçu une fenêtre grand ouvert. Je m'en suis approché et j'ai sauté presque sans hésiter. Arrivé là, je me suis dit que j'avais déjà fait un grand pas. Il était temps de ne pas trop se précipiter dans l'inconnu extérieur. J'ai donc décidé qu'il était temps de me lancer dans une nouvelle observation minutieuse de ce qui se passait sous mes yeux. Assailli par tant d'informations, engourdi par la forte chaleur bienfaisante du soleil, je restai peut-être plusieurs heures à organiser ma future expédition. Puis vint le moment où je me sentis prêt. Le rebord de la fenêtre se prolongeait à droite et à gauche sur le mur extérieur en un chemin de quelques centimètres de large, ce qui est largement suffisant pour s'y aventurer. Tiger-CeyresteFenetreExt.pngJ'optai pour la gauche et parvenai rapidement à un jardinet de gravier et d'épines de pin séchées. Quelques arbustes assoifés, un ou deux cactus, quelques pots d'herbes aromatiques et un barbecue électrique entouraient une table de fer et quatre chaises en plastique. A l'autre bout du jardinet descendait un chemin en pente plus ou moins douce vers des horizons trop lointains pour moi. Près du mur de la maison, quelques marches permettaient d'accéder au chemin principal qui passe devant la maison, et qui est aussi le territoire de jeu du Monstre.
Après avoir attentivement repéré les lieux, je décidai que j'avais mon compte d'aventure pour aujourd'hui. Je tournai les talons et, entreprenant le chemin inverse, je me dirigeai prestement vers mon dessous de lit pour une toilette et une sieste bien méritée.



lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée
chapitre 8 :  Le blues du voyageur

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Dimanche 15 juillet 2007

Voilà une histoire qui sera assurément le clou de l'été : pendant que Nabot-Léon continue à s'agiter devant les médias à grands coups de discours pro-pétainistes, qu'il annonce dans le même souffle vouloir "célébrer la paix" en écoutant résonner le bruit des bottes européennes sur les  Champs Elysées et augmenter les crédits de la force nucléaire, pendant qu'un guignol bouffi revenu d'un exil doré de plusieurs années aux Etats-Unis s'en revient, drapeau tricolore en guise de cape, cirer les mocassins à glands du nouveau président et faire chanter un champ de Mars surpeuplé de néo-beaufs (voir le Nouvel Observateur n° 2227 du 12 juillet 2007), pendant qu'un gendarme dépressif harcelé sexuellement par son adjudant flingue ce dernier, ses enfants et lui-même (quia dit que les gendarmes ne savent pas tirer ?), un confrère blogueur, incarcéré à la prison de Grasse pour meurtre d'un convoyeur de fonds, se paie une balade en hélico, ni vu ni connu. Récidiviste de la tangente, le truand marseillais Pascal Payet s'était déjà fait la belle en 2001 et avait, en 2003, organisé l'évasion de deux amis, en hélicoptère, déjà. L'appel des cieux est irrésistible.

Pendant qu'il essaie de camoufler son réactionnisme primaire sous des airs de modernité frelatée, voici que la réalité s'impose dans toute sa cruauté à l'agité de l'Elysée. C'est sûr, "ensemble, tout est possible" !


Le plus drôle, c'est que depuis mes vacances provençales, j'ai vu hier soir, dans le ciel parfaitement bleu, passer l'hélico de ce drôle d'oiseau qui tenait absolument à sa grâce présidentielle.
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Dimanche 15 juillet 2007

Accoutumance

Tiger-Partho.pngSa présence est partout, mais nous ne nous sommes pas croisés. Depuis deux jours, il est contenu dans la partie basse de la maison, côté cuisine, et bénéficie de toute liberté pour entrer et sortir à sa guise. Moi, j'ai l'étage et le salon. il m'est arrivé de descendre furtivement, mais jamais bien longtemps. Il faut dire que son odeur est très présente en bas, bien plus qu'en haut. Et croyez-moi, l'odeur d'un labrador n'est pas ce que je connais de plus agréable. Hier soir, la porte de la cuisine, qui fait office de frontière entre nos deux univers, est restée ouverte. Pas fou, je ne suis pas descendu. Lui ne peut pas monter car un gros fauteuil bloque l'accès à l'escalier. Jusqu'ici, tout va bien.
Ici, contrairement à chez moi, il fait très chaud. Les fenêtres sont ouvertes en permanence, mais les bruits de l'extérieur sont très différents de ce que j'ai l'habitude d'entendre. Ils sont tous naturels, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de bruit de voitures, de camions poubelles, de camions de livraison, de camions de la voirie... Ici, ce qu'on entend principalement, c'est le crincrin permanent des cigales. Ce bruit s'apprivoise en trois phases : la première phase, c'est quand on arrive. Ces bruits sont tellement charmants, tellement inhabituels, tellement "vacances" qu'on est émerveillé d'entendre la nature dans toute sa puissance. La deuxième phase, c'est quand on comprend que ce bruit et ces décibels sont permanents, et qu'il va falloir les supporter pendant dix jours. C'est une phase délicate car c'est le moment où tout peut basculer. Les plus fragiles craquent d'entendre ce boucan agressif sans fin et fuient sans demander leur reste. Puis le temps fait son affaire, le cerveau accomplit son travail et entreprend de modifier les réglages de la perception auditive. Il filtre le bruit tapageur et petit à petit, on n'y prend plus garde. L'accoutumance est là, le plaisir des senteurs provençales entre en action, et on se sent enfin pleinement en vacances.
Mouais, tout ça c'est bien joli mais j'ai deux gros problèmes à résoudre : je suis dans un univers immense, un territoire grand comme le ciel et totalement inconnu ; il y a aussi la présence de ce monstre qui rôde parfois, et je n'ai absolument pas confiance en sa placidité vantée par mes maîtres ni au fait qu'il passe le plus clair de son temps affalé sur le côté à dormir comme un bienheureux. Pour un peu, il aurait fait un bon gros chat. Un chat pataud de 60 cm de haut et de 40 kilos...
Tiger-Ceyreste.png
Prudent par nature, J'ai décidé d'adopter la stratégie de l'attente. J'ai repéré deux ou trois lieux où je me sens à peu près à l'aise : un rebord de fenêtre, un rebord de lucarne et un dessous de lit. Les deux premiers sont munis d'une moustiquaire verte qui me sépare de tous les nuisibles volants, agaçants suceurs de sang et autres vrombissants pathétiques. Je peux passer des heures, tranquillement installé, à observer les grands pins qui oscillent nonchalamment sous la brise, je suis conquis par les papillons graciles qui volettent de massif en massif, j'ai même vu un lapin traverser une restanque en diagonale, provoquant les hurlements du monstre pas si endormi que ça. Quand j'en ai assez d'observer, je vais m'allonger sous le lit de mes maîtres et je m'adonne à l'une de mes activités favorites : dormir.


lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée
chapitre 8 :  Le blues du voyageur
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Samedi 14 juillet 2007

Le voyage

D'habitude, je voyage en avion. Ça commence toujours par un trajet en métro, puis un trajet en bus jusqu'à l'aéroport, puis on attend, puis on prend l'avion. Généralement, ça se termine par un trajet en voiture, ce que je n'apprécie pas particulièrement. Il y en a toujours pour plusieurs heures, mais les situations et les modes de transport sont variés. Cette fois-ci, le voyage a eu lieu en train. Ça a commencé par le métro, comme d'habitude, puis par le TGV. Trois heures sans bouger, bercé par le roulis discret des rames. Mes maîtres avaient posé mon sac au sol, sous leur siège, comme ils ont l'habitude de le faire. Dans les nouveaux TGV, l'air climatisé sort par des rainures faites au ras du sol. Mes maîtres ne le savaient pas, ils l'ont découvert à l'arrivée, en récupérant le sac qu'ils ont trouvé très frais. Je vous laisse imaginer le choc thermique en descendant du train. L'engourdissement dû à la conjugaison d'une immobilité prolongée et au souffle de l'air climatisé à même le pelage a vite cédé la place à une nervosité lourde de chaleur, de mouvements en tous genres, d'éclats de voix. Bref, au bout de quelques instants, je n'en pouvais plus, et je ne rêvais que d'une chose : sortir de ce maudit sac. Sur le quai, mes maîtres se séparèrent : elle partit, avec moi sous le bras, vers une borne pour acheter un billet de TER et lui se chargea de rapprocher les gros sacs du dit TER qui partait dans moins de dix minutes. Marche au pas de course, stress, j'étais ballotté dans tous les sens et mon énervement allait crescendo, maintenant teinté d'une angoisse terrible : que se passerait-il si on ratait la correspondance du TER ? Combien de temps devrais-je encore passer dans ce sac ?
Finalement, nous réussîmes à monter dans le tortillard une ou deux minutes avant le départ. Soulagement de mes maîtres, qui reprirent leur souffle quelques instants avant de se soucier un peu de moi. S'avisant que j'aspirais sans doute à me délier les pattes, ils entrouvrirent mon sac. Je ne mis pas plus d'une seconde à bondir sur la banquette. Tout étonné d'être dehors, je mis un moment à comprendre que le voyage n'était pas terminé. J'aurais bien voulu entreprendre l'exploration du wagon, mais je ne pouvais pas non plus détacher mon regard du paysage défilant derrière la vitre.





Le voyage fut court. Dommage, car hors du sac, je trouvais cela plaisant. Les passagers se penchaient pour me regarder, ils me trouvaient beau. Les enfants interpelaient leurs parents "regarde, maman, un chat". Je faisais le joli,  je prenais soin de rester sage pour qu'ils aient une bonne opinion de moi. Puis je me suis installé sur les genoux de mes maîtres, alternativement. Je prends toujours soin de contenter les deux, car celui sur lequel je m'installe ne manque jamais de lancer un petit regard triomphant à l'autre qui signifie "tu vois, c'est sur moi qu'il vient spontanément". Alors j'alterne.
Le train s'est arrêté à plusieurs reprises dans de petites gares qui sentaient bon la gloire de mon père.

Tiger-Aubagne.png

Puis nous arrîvames. Je reconnus la maison. j'y étais déjà venu. Je me souvins qu'un monstre énorme y habitait. Ppfff, ça n'allait pas être une partie de plaisir.


lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée
chapitre 8 :  Le blues du voyageur
par Tiger publié dans : ma vie de chat
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