Mardi 3 juillet 2007

tiger-campagne1.pngDans mon souvenir, la campagne était un endroit où il y a du soleil, contrairement à la ville où le ciel est gris  comme les rues, les bâtiments et les âmes. Sans doute ma mémoire me joue-t-elle des tours, ou alors la météo est déglinguée, quoi qu'il en soit, de toutes mes vies, jamais je n'avais vu  une fin juin aussi moche.

C'est bizarre, la campagne. C'est très grand. Il y a de drôles de couleurs. Le sol est fait de petits cailloux, ou bien d'herbe très verte avec plein de petites bêtes vivantes dédans. C'est bruyant, aussi. Il y a plein d'oiseaux qui piaillent partout, on entend des chiens, des tondeuses... Bbrrr... vraiment pas hospitalier, tout ça. Vous comprendrez donc facilement que quand je suis arrivé, j'étais quelque peu circonspect, et je me tenais sur mes gardes.
tiger-campagne2.pngLe plus sage m'a semblé de commencer par explorer les intérieurs. Je me suis donc faufilé dans la maison qui se trouvait là à la recherche d'une sortie. Oui, c'est une caractéristique courante chez nous. Quand nous entrons quelque part, nous cherchons en premier lieu un moyen de sortir... D'une manière générale, le but de la vie des chats est de rentrer quand on est dehors et de chercher à sortir quand on est dedans. J'ai fini par dénicher une fenêtre ouverte  au premier étage, en haut d'un escalier. Je me suis donc faufilé  sur le toit. c'était drôle, car il était assez pentu et glissant.  Une vieille gouttière à moitié solide m'invitait à la promenade. Je n'ai pas résisté longtemps. Du bout de la gouttière, on voyait bien mieux  le toit. Pris par un irrésistible de découvrir ce qui pouvait bien se cacher de l'autre côté de la fenêtre, j'ai  entrepris l'ascension du toit. Je dois avouer que je me demandais aussi quelle vue on pouvait avoir depuis l'antenne de télé. Malheureusement, mes maîtres ne l'entendaient pas ainsi. Me voyant sur le toit, ils  ont cherché à me faire redescendre en m'appelant avec des voix tiger-campagne5.pngmielleuses, comme si cela avait un effet sur moi !
Devant leur échec, ils ont sorti l'artillerie lourde : la boîte de croquettes. Ils l'ont agité fermement  pour que j'entende bien (au cas où je n'aurais pas reconnu le carton en le voyant...). Les fourbes ! Ni une ni deux, j'ai galopé vers cet objet de tous les désirs. Puis je me souvenu qu'il y avait une certaine hauteur entre la boîte et moi, et j'ai freiné juste à temps devant la gouttière. J'ai patiné un peu, mais finalement, je ne suis pas tombé. Je suis prestement retourné vers la fenêtre, mais quand je suis arrivé en bas, la boîte de croquettes était repartie tout en haut de son armoire. Fourbes, et lâches en plus. C'est bien les humains, ça !
Vexé, j'ai décidé qu'ils ne me verraient plus de la journée. Je suis parti explorer les sous-sols, les sous-meubles, tous les endroits où il faut s'aplatir pour pouvoir passer, et devant lequels les humains viennent s'écraser la joue pour tenter de vous apercevoir quand ils vous cherchent. J'aimerais tiger-campagne3.pngpouvoir les prendre en photo quand ils en sont à quatre pattes, les fesses en l'air, le visage collé au sol,  la bouche tordue, en train de dire "non, il n'est pas là, je ne le vois pas".
Contrairement à la ville, à la campagne, on trouve plein de choses sous les meubles. C'est habité par toutes sortes dindividus : araignées, mouches mortes, moutons... J'ai adoré nettoyer tout ça avec mes oreilles ! Ça faisait comme des chapeaux ou des couronnes sur la tête !
Quand j'en ai eu assez et après avoir fini d'explorer la maison, je me suis dit qu'il était temps d'aller faire un tour à l'extérieur. Je me suis faufilé sous la grille du portail, j'ai pris à droite, puis encore à droite sur un chemin qui déscendait. J'ai pris mon temps pour explorer, renifler, et me familiariser avec toutes ces sensations qu'on ne peut pas éprouver en ville.
Presque au bout du chemin, j'ai rencontré... un chat ! Jamais je ne me serai attendu à rencontrer un congénère en une aussi lointaine contrée. J'ai essayé d'engager prudemment la conversation, mais lui restait à me regarder, couché sur le côté, semblant me jauger en silence. J'eus l'impression qu'il gardait l'entrée d'un chantier, probablement qu'une nouvelle maison allait se consttruire par ici. tiger-campagne4.pngJ'ai senti un peu de dédain dans son attitude. J'ai fini par comprendre qu'il m'ignorait ostensiblement. Sans doute s'était-il douté de mon origine citadine et avait-t-il décidé de jouer le méprisant. Ou alors est-ce ma couleur qui ne lui plaisait pas ? J'ai continué mon chemin mais je ne pouvais pas m'empêcher de repenser à cette étrange rencontre. Y aurait-il une différence entre les chats des villes et les chats des champs ? Les chats ne seraient-ils pas égaux quelle que soit leur couleur de poils ?
Mince alors ! Ce matou prétentieux était plein de préjugés alors qu'il vivait en pleine cambrouse à protéger un chantier de construction ! Un comble.

Il était temps de rentrer. Heureusement, les deux jours passèrent assez vite. Mes maîtres finirent par me remettre dans mon sac de voyage (ggrrr, je déteste rentrer là-dedans) et j'ai finalement retrouvé mon petit intérieur. Il ne me tardait qu'une chose : pouvoir vous raconter mon week-end. Mmm, je me sens déjà mieux.
par Tiger publié dans : ma vie de chat
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