En voilà une bien bonne : dans la soirée du 5 mai 2007, c'est-à-dire la veille du second tour des élections présidentielles, le groupe
Les Ogres de
Barback est en concert dans la ville d'Oyonnax. Au cours du spectacle, lors d'un mix d'images vidéo en direct, sont diffusées quelques plans de Ségolène Royal et quelques images de la fameuse
scène de Sarkozy évoquant la "racaille" des banlieues.
Quelques jours plus tard, le maire UMP de la commune, Jacques Gobet, se fend d'un courrier au groupe dans lequel il explique que c'est la ville qui paie la facture, et il exige des explications
sur ce qu'il appelle un "incident". Ledit courrier est hallucinant de bêtise antidémocratique et d'approximations légalo-juridiques. Il conditionne même le paiement du cachet des artistes (ce
n'est pas précisé dans la lettre) à l'obtention de ces explications. Celles-ci ne vont pas tarder. Les Ogres vont lui expliquer, par retour du courrier, que les expressions culturelles ne
sauraient être liées à des quotas représentant les tendances politiques, ne peuvent pas s'auto-censurer à cause de la possibilité de se heurter à des avis contradictoires, et ils rappelent
quelques considérations basiques sur la neutralité républicaine. Bref, une leçon d'évidences faite à un maire, élu et de fait représentant de l'Etat.
La réponse des Ogres est fort bien tournée et serait réjouissante si elle n'était pas dûe à l'imbécilicité d'une grenouille qui se prend pour un boeuf. Mais au-delà de l'anecdote, il est
hallucinant de voir qu'un maire se permette d'aller à l'encontre de l'expression culturelle, et avec quels arguments !
Quand des gens de gauche, du centre, et même de droite préviennent contre le danger d'une concentration des pouvoirs décisionnaires entre très peu de mains (un parti, une équipe, voire un seul
homme...) ce n'est pas pour rien : le sentiment de toute-puissance peut donner à certains de drôles di'dées, comme celle qui a pulvérisé la raison de ce monsieur Gobet. A l'heure où les
médias nous servent de plus en plus une soupe bienveillament cire-pompes à grandes louches de n'ayez-pas-peur et de courbettes présidentielles, plus que jamais la vigilance s'impose.
Pour juger par vous-mêmes de la teneur de l'échange épistolaire, voici les deux lettres en question. Cliquez sur les vignettes pour les agrandir (attention, il peut y avoir de la pub au-dessus et
en-dessous, et le chargement peut être un peu long).