Quand on est élu de la république, on représente les habitants de sa commune, de son canton, de sa circonscription. Parce que les électeurs confient un mandat à un homme ou une femme, l'élu(e)
agit au nom des autres et se doit donc d'être irréprochable. Pourtant, les tentations sont partout de profiter de son statut pour en tirer des avantages personnels. Après tout, les employés d'EDF
ne paient quasiment pas leur électricité, les employés de la SNCF voyagent à prix très réduits, les employés de la Fnac paient leur ordinateur et leur télévision jusqu'à trente pour cent moins
cher... on pourrait multiplier les exemples à l'infini. Revenons à nos élus : où s'arrête la probité et où commence l'intérêt personnel ? Il y a une différence de taille entre les avantages dont
peut bénéficier un salarié auprès de son employeur et certains avantages dont profitent les élus : ces derniers le font souvent au détriment de tout ou partie des collectivités dont ils sont les
représentants.
Tout ça pour en venir aux lobbies. Le député que vous venez d'élire à l'Assemblée va-t-il avoir à coeur de représenter sa circonscription, ou va-t-il se laisser aller à favoriser tel ou tel
intérêt particulier contre services personnels ?
Les groupes de pression connaissent par coeur les techniques pour se mettre un décideur public dans la poche. Savez-vous par exemple qu'à peine installés à l'Assemblée, les députés fraîchement
élus (et les autres) doivent faire face à une avalanche de lettres de félicitations des syndicats professionnels, grandes entreprises et groupes divers ?
Mais le lobbying ne s'arrête pas là. Après la prise de contact épistolaire, les choses sérieuses commencent : invitations dans des restaurants de luxe, voyages "d'études" tous frais payés, et
jusqu'à des invitations pour des manifestations sportives avec déplacement en avion privé (opération Coupe du Monde de Football en 2006 par la société Suez)... les grandes entreprises ne manquent
pas d'imagination pour chouchouter ceux qui votent les lois.
En 2006, deux journalistes de l'Express ont publié une enquête intitulée "Députés sous influence". Tout au long de leur enquête et encore aujourd'hui, ils tiennent
un blog dans lequel ils relatent leur travail. Pire qu'instructif : démoralisant.
Les "à-côtés" des députés sont également sollicités. Un exemple : Séverine Teissier est l'assistante parlementaire de Christian Paul, député de la Nièvre. Voici
un exemple de courrier qu'elle a reçu en 2005 d'une société qui s'appelle carrément "Marketing Institutional European Lobbying".
Aujourd'hui, deux députés, Patrick Beaudouin (Val-de-Marne) et Arlette Grosskost (Haut-Rhin) veulent essayer de moraliser la profession et s'apprêtent à déposer une proposition visant à modifier
le réglement de l'Assemblée Nationale dans le but d'encadrer les pratiques des lobbyistes. Une belle idée qui risque de n'être que de la poudre aux yeux quand on voit la vidéo qui suit, tirée
d'un reportage de Canal plus. C'est sûr que si l'exemple vient d'en haut...