Mercredi 4 juillet 2007

Comme convenu,  l'écho de l'Elysée s'est fait entendre à l'Assemblée nationale avec le discours de politique générale du couple Nabot-Fillon, dans lequel on sait bien qui porte la culotte. Pas grand chose de neuf sous les nuages : le plein emploi, l'équilibre budgétaire, la modernisation de la société, l'Europe. Demain, on rase gratis, on offre l'après-rasage, le massage des joues, la petite gâterie reste en option. Comme convenu, une belle langue en bois précieux pour un exercice de style sans surprise.
Que retenir, alors, de cette saillie présidentielle ?
D'abord, la confirmation que les riches vont continuer à s'enrichir en profitant des exonérations fiscales promises par l'ex-candidat devenu omni-président.
Ensuite que les pauvres vont continuer à s'appauvrir puisque la TVA sociale est toujours d'actualité.
Autre bonne nouvelle : grâce à une manipulation génétique de la comptabilité publique, le gouvernement va continuer à creuser le déficit de l'Etat sans que ça se voie trop. Las, la présidence portugaise de l'Union Européenne, à qui on ne la fait pas, a commencé, en prenant ses fonctions, par prévenir la France contre ce genre de pratiques. Qui s'en moque comme de ses promesses puisque dans six mois, c'est elle qui présidera l'Europe. Bref, les engagements chiraco-villepiniens sont repoussés à l'an 12. A la prochaine élection présidentielle, donc. D'ici là, un cabinet spécial de l'Elysées aura sans doute eu le temps d'affûter de nouvelles promesses de candidat.
Toujours sur le plan financier, l'Etat a décidé de ne pas augmenter les budgets des collectivités locales, notamment des régions. Le fait que la quasi-totalité de ces régions soient tenues par la gauche est un pur hasard.  Le machiavélisme de nos dirigeants est partout : en freinant les politiques locales, la bande à Sarko gêne les politiques de proximité et aura beau jeu de dire que la gauche est incapable de s'occuper correctement des citoyens. Les manoeuvres pour 2012 ont déjà commencé.
Dans la famille des politiques locales, connaissez-vous la réserve parlementaire ? Il s'agit d'un budget alloué aux députés et aux sénateurs pour donner un petit coup de pouce à des projets locaux. En vrai langage, c'est le budget officiel du clientélisme local. Ce sont près de 90 millions d'euros qui doivent être partagés cette année entre les députés, et environ 50 millions entre les sénateurs. Les règles du partage sont rien moins qu'opaques, car elles sont à la discrétion du président de la commission des Finances et du rapporteur général du budget. De fait, le copinage est la technique la plus rémunératrice. Comme le souligne le politologue Eric Kerrouche, chargé de recherche au CNRS, "la réserve parlementaire, c'est de la négociation et du lobbying à l'état brut, qui dépend très largement de l'ancienneté du député, de l'appartenance à la majorité et, aussi, de la relation que l'élu entretient, jusqu'à la buvette de l'Assemblée, avec le président de la commission des Finances".On comprend mieux l'intérêt de la chasse aux responsabilités dans l'hémicycle. C'est ainsi que régulièrement, certains élus obtiennent jusqu'à 300 000 euros quand d'autres se contentent de dix fois moins.
Mais aujourd'hui, il y  une nouveauté : Sarkozy a voulu que la présidence de la commission des finances revienne à l'opposition. Quant au poste de rapporteur général du budget, il reste à droite. Belles scènes en perspective : on imagine les députés UMP aller tendre leur casquette devant le socialiste Didier Migaud, qui a hérité de ladite présidence. Beaucoup d'élus de l'UMP ont fait savoir qu'il était hors de question qu'ils demandent à Migaud et se retournent vers leur collègue de parti Gilles Carrez, nommé rapporteur général du budget.
Bref, les députés de droite estiment encore une fois que Sarkozy leur vole un peu leur victoire, cxomme il l'a fait en nommant des ministres de gauche, ou en élisant l'alsacien Migaud, l'Alsace étant la seule région française encore à droite ! Sentant l'orage s'approcher, François Fillon, avait déclaré au milieu du mois du juin qu'une "réflexion sur la gestion de la réserve parlementaire s'impose". En clair, il faudrait trouver une magouille pour récupérer le bébé. Cela pourrait se faire dans le cadre d'un redécoupage des commissions, rien que ça. Un chantier, qui, s'il aboutit, prendra du temps. En attendant, le socialiste Didier Migaud et l'UMP Gilles Carrez sont censés "travailler en bonne intelligence". Défense de rire.


sources : les échos, l'express
par Tiger publié dans : ça ne tourne pas rond
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