D'habitude, je voyage en avion. Ça commence toujours par un trajet en métro, puis un trajet en bus jusqu'à l'aéroport, puis on attend, puis on prend l'avion. Généralement, ça se termine par un
trajet en voiture, ce que je n'apprécie pas particulièrement. Il y en a toujours pour plusieurs heures, mais les situations et les modes de transport sont variés. Cette fois-ci, le voyage a eu
lieu en train. Ça a commencé par le métro, comme d'habitude, puis par le TGV. Trois heures sans bouger, bercé par le roulis discret des rames. Mes maîtres avaient posé mon sac au sol, sous leur
siège, comme ils ont l'habitude de le faire. Dans les nouveaux TGV, l'air climatisé sort par des rainures faites au ras du sol. Mes maîtres ne le savaient pas, ils l'ont découvert à l'arrivée, en
récupérant le sac qu'ils ont trouvé très frais. Je vous laisse imaginer le choc thermique en descendant du train. L'engourdissement dû à la conjugaison d'une immobilité prolongée et au souffle de
l'air climatisé à même le pelage a vite cédé la place à une nervosité lourde de chaleur, de mouvements en tous genres, d'éclats de voix. Bref, au bout de quelques instants, je n'en pouvais plus,
et je ne rêvais que d'une chose : sortir de ce maudit sac. Sur le quai, mes maîtres se séparèrent : elle partit, avec moi sous le bras, vers une borne pour acheter un billet de TER et lui se
chargea de rapprocher les gros sacs du dit TER qui partait dans moins de dix minutes. Marche au pas de course, stress, j'étais ballotté dans tous les sens et mon énervement allait crescendo,
maintenant teinté d'une angoisse terrible : que se passerait-il si on ratait la correspondance du TER ? Combien de temps devrais-je encore passer dans ce sac ?
Finalement, nous réussîmes à monter dans le tortillard une ou deux minutes avant le départ. Soulagement de mes maîtres, qui reprirent leur souffle quelques instants avant de se soucier un peu de
moi. S'avisant que j'aspirais sans doute à me délier les pattes, ils entrouvrirent mon sac. Je ne mis pas plus d'une seconde à bondir sur la banquette. Tout étonné d'être dehors, je mis un moment
à comprendre que le voyage n'était pas terminé. J'aurais bien voulu entreprendre l'exploration du wagon, mais je ne pouvais pas non plus détacher mon regard du paysage défilant derrière la vitre.
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