Samedi 14 juillet 2007

Le voyage

D'habitude, je voyage en avion. Ça commence toujours par un trajet en métro, puis un trajet en bus jusqu'à l'aéroport, puis on attend, puis on prend l'avion. Généralement, ça se termine par un trajet en voiture, ce que je n'apprécie pas particulièrement. Il y en a toujours pour plusieurs heures, mais les situations et les modes de transport sont variés. Cette fois-ci, le voyage a eu lieu en train. Ça a commencé par le métro, comme d'habitude, puis par le TGV. Trois heures sans bouger, bercé par le roulis discret des rames. Mes maîtres avaient posé mon sac au sol, sous leur siège, comme ils ont l'habitude de le faire. Dans les nouveaux TGV, l'air climatisé sort par des rainures faites au ras du sol. Mes maîtres ne le savaient pas, ils l'ont découvert à l'arrivée, en récupérant le sac qu'ils ont trouvé très frais. Je vous laisse imaginer le choc thermique en descendant du train. L'engourdissement dû à la conjugaison d'une immobilité prolongée et au souffle de l'air climatisé à même le pelage a vite cédé la place à une nervosité lourde de chaleur, de mouvements en tous genres, d'éclats de voix. Bref, au bout de quelques instants, je n'en pouvais plus, et je ne rêvais que d'une chose : sortir de ce maudit sac. Sur le quai, mes maîtres se séparèrent : elle partit, avec moi sous le bras, vers une borne pour acheter un billet de TER et lui se chargea de rapprocher les gros sacs du dit TER qui partait dans moins de dix minutes. Marche au pas de course, stress, j'étais ballotté dans tous les sens et mon énervement allait crescendo, maintenant teinté d'une angoisse terrible : que se passerait-il si on ratait la correspondance du TER ? Combien de temps devrais-je encore passer dans ce sac ?
Finalement, nous réussîmes à monter dans le tortillard une ou deux minutes avant le départ. Soulagement de mes maîtres, qui reprirent leur souffle quelques instants avant de se soucier un peu de moi. S'avisant que j'aspirais sans doute à me délier les pattes, ils entrouvrirent mon sac. Je ne mis pas plus d'une seconde à bondir sur la banquette. Tout étonné d'être dehors, je mis un moment à comprendre que le voyage n'était pas terminé. J'aurais bien voulu entreprendre l'exploration du wagon, mais je ne pouvais pas non plus détacher mon regard du paysage défilant derrière la vitre.





Le voyage fut court. Dommage, car hors du sac, je trouvais cela plaisant. Les passagers se penchaient pour me regarder, ils me trouvaient beau. Les enfants interpelaient leurs parents "regarde, maman, un chat". Je faisais le joli,  je prenais soin de rester sage pour qu'ils aient une bonne opinion de moi. Puis je me suis installé sur les genoux de mes maîtres, alternativement. Je prends toujours soin de contenter les deux, car celui sur lequel je m'installe ne manque jamais de lancer un petit regard triomphant à l'autre qui signifie "tu vois, c'est sur moi qu'il vient spontanément". Alors j'alterne.
Le train s'est arrêté à plusieurs reprises dans de petites gares qui sentaient bon la gloire de mon père.

Tiger-Aubagne.png

Puis nous arrîvames. Je reconnus la maison. j'y étais déjà venu. Je me souvins qu'un monstre énorme y habitait. Ppfff, ça n'allait pas être une partie de plaisir.


lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée
chapitre 8 :  Le blues du voyageur
par Tiger publié dans : ma vie de chat
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