Il devient de plus en plus évident que notre société tend vers une nord-américanisation qui ne laisse rien augurer d'agréable. Empire déclinant s'il en est, en pleine décadence sociale,
économique et philisophique, les Etats-Unis d'Amérique, qui ont, on le sait, une quinzaine d'années d'avance sur l'Europe, nous montrent notre propre futur proche. Prenez la crise économique du
mois d'août : seule une intervention massive des banques centrales a pu sauver (provisoirement) les banquiers boursicoteurs qui jusqu'alors se faisaient de l'argent facile sur le dos des ménages
américains. Le principe de non-intervention si cher à ces libéraux de l'extrême en a pris un coup dans l'aile, et on mesure tout le cynisme du discours : laissez-moi gagner un "max de thune" en
temps normal, et renflouez-moi sans tarder dès que, tel le cyclone Dean, la tempête boursière se pointe à l'horizon (oui, les banquiers n'ont pas toujours un langage très relevé).
Prenez encore le succès grandissant du créationnisme : voilà la plus grande régression philosophique depuis
les
Lumières, menée tambour (de guerre) battant par l'ex-alcoolique repenti de la Maison Blanche.
Progresser
vers un nouvel obscurantisme, voilà une idée du XXIe siècle !
Nabot-Léon, que certains, cet été, ont qualifié de "caniche de Bush", vit dans l'imagerie grotesque du mythe américain et des grands
espaces synonymes de liberté, cette fantasmagorie affligeante censée cacher au peuple le déclin de sa civilisation. C'est aussi grotesque qu'effroyable, car le mouvement semble inexorable :
l'Histoire est un éternel recommencement.
Nous voilà donc avec une société assurée d'extinction par implosion, et que notre bling-bling président (selon l'expression consacrée par le journal Marianne) a décidé de prendre pour modèle. Et
chaque jour, il s'applique, besogneux, à prendre des mesures qui accélèrent notre propre déchéance sociale, comme s'il fallait donner au grand frère d'outre-atlantique les gages de notre
soumission.
Chez nous aussi, les indices sont légion sur la décadence en cours. L'exemple suivant est des plus édifiants : vendredi soir, la première chaîne de télévision française nous a gratifié d'un
programme exceptionnel : en prime-time,
Koh-Lanta, l'émission qui révèle le sado-masochisme qui sommeille en chaque être humain (oui, mais sous les tropiques, s'il vous plaît !) avec
notamment une épreuve qui n'était pas sans rappeler la scène de la crucifixion, suivi de la finale de
Secret Story, l'émission qui fait douter que l'homme ait jamais été un être
intelligent.
Voyez aussi comment, depuis le début de l'été, tous les médias tentent de faire "monter la sauce" de la prochaine coupe du monde de rugby. Sur France-Inter, une radio par ailleurs tout à fait
écoutable, une chronique matinale a été quotidiennement consacrée aux petites histoires du quinze de France tout l'été, et ce n'est pas fini. Toutes les grandes entreprises arborent les logos de
sponsor officiel, fournisseur officiel, truc-machin officiel. Quoi ? Tu n'es pas supporter officiel de la coupe du monde de rugby ? Oh l'autre, hé, le ringard ! En plus, Berrnard Laporte va
devenir ministre après la coupe du monde, c'est trop fort !
Il faut reconnaître que le foot propose un si piètre spectacle que les revenus sonnants et trébuchants liés à l'activité sportive des porteurs de pub sur pattes commencent à stagner et qu'il est
grand temps, pour tous les amoureux de la ronde baballe (publicitaires, financiers, blanchisseurs, responsables de médias, nababs des fédérations...) de chercher de nouveaux terrains de jeux.
Chacun sent confusément que le gavage de ses comptes en banque commence à se voir et qu'il serait peut-être temps de se diversifier. Le rugby, qui est devenu un vrai sport professionnel, fait
parfaitement l'affaire. Doté d'une image de terroir qui fleure bon l'authentique (du marketing pur et dur, mais à côté du foot, tout semble authentique), c'est la nouvelle poule aux oeufs d'or.
Des jeux comme les aiment le populo urbain en manque de racines, dans la même mouvance, par exemple, que la mode de la pétanque chez les bobos parisiens. Bref, nous allons manger du ballon ovale
matin, midi et soir, par les yeux et par les oreilles, à grands coups "d'écoles de courage", de "guerriers pacifiques", tout un blabla matraqué par des manipulateurs professionnels qui se
découvriront pour l'occasion un authentique accent rocailleux du Sud-Ouest certifié bio. Que ceux qui ont depuis quelques temps des nausées se rassurent, ce n'est que leur inconscient qui se
rebiffe.Quant aux autres, espérons qu'il ne soit pas trop tard.
Autre chose : il paraît que le chômage baisse. Si, si. Bon d'accord, le nombre de RMIstes augmente, le nombre de travailleurs pauvres augmente, le nombre de radiations des listes de l'ANPE
augmente, mais ne boudons pas notre plaisir : le chômage baisse ! Formidable, non ? En plus, tout est fait pour que le pouvoir d'achat augmente. Avez-vous pris toute la mesure de cette nouvelle
claironnée dans tous les médias il y a deux jours :
les
grandes enseignes de la distribution se sont engagées à vendre une trentaine de fournitures scolaires au même prix que l'an dernier ou à prix coûtant. Bon, d'accord, le prix du pain explose,
le prix de l'electricité grimpe en flèche, les riches paient de moins en moins d'impôts, mais ne boudons pas notre plaisir : le prix du cahier de musique reste stable cette année !
Le gouvernement s'y est fermement engagé : il va se battre pour le pouvoir d'achat. Du pain et des jeux : et si ce n'était pas le déclin de l'empire américain qui nous attend, mais celui de
l'empire romain ?
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