Lundi 10 septembre 2007

Pardon pour ce titre de peu de goût qui n'en est pas moins aussi imagé que chargé de sens. Car voilà une expression que l'on entend depuis longtemps, comme une promesse ou une menace (c'est selon...). L'élection présidentielle avait remis l'augure au goût du jour, d'aucuns prédisant une rentrée digne des grands mouvements sociaux de 1995. Or, plus de cent jours après, force est de constater que l'agitation médiatico-populiste de Nabot-Léon a jusqu'ici préservé les dorures républicaines de la vindicte d'un peuple encore sous le charme des Ray-Ban présidentielles, et quelque peu démoralisé par un été pourri.

Vendredi 7 septembre, suite à une information publiée par le quotidien La Tribune, le gouvernement jurait sur le drapeau que le sujet des retraites ne serait pas à l'ordre du jour avant 2008. Cette non-information était confirmée par l'Elysée au Nouvel Observateur. "ces rumeurs sont stupéfiantes !" s'est même écrié un "proche du dossier". L'information était pourtant exacte.
Démasqués, les stratèges de l'Elysée, se souvenant soudain que les grêves de 1995 avaient été déclenchées (déjà) par une tentative de réforme des régimes de retraite sans concertation (par un certain Alain Juppé, précisent les historiens) opèrent un changement de cap formidable : un conseiller du palais est dépêché à Matignon pour  souffler la bonne parole à l'oreille du premier ministre (qui n'a plus grand chose de premier). Ce dernier, le petit doigt sur la couture de sa lettre de mission, s'attache aussitôt à colporter la grande nouvelle : la réforme des retraites est bouclée, j'attends l'ordre du président de la république, déclare-t-il en substance. Sur Canal Plus, il précise "Quand le président choisira de déclencher cette réforme, on entamera immédiatement les négociations avec les partenaires sociaux", précisant aussitôt que la dite réforme pourrait "être réalisée dans les prochains mois", soit par une loi, soit par un décret.

Voilà tout le secret de l'accession au trône élyséen résumé dans cette formule : dire tout, dire n'importe quoi,  rajouter son contraire, prendre le ton ferme et décidé d'un filou professionnel et manipulateur, et ça passe ! Je ne résiste pas à l'envie de vous citer cet échange relevé dans le livre de yasmina Reza (que je n'ai pas encore fini, oui, je sais, je prend mon temps, mais que voulez-vous, il est assez pénible à lire...) :
Nicolas : (répétant une phrase de son discours de Bercy :) Entre Jules Ferry et 68, ils ont choisi 68... Bon, c'est limite mauvaise foi...
Y. :           Je suis contente de te l'entendre dire...
Nicolas :  (il rit) Oui. C'est même terrifiant de mauvaise foi, mais enfin, il faut y aller !
Tout est là. Les hénaurmes mensonges qui passent d'autant mieux qu'ils sont improbables. C'est comme dans l'émission "surprises sur prise" : plus c'est gros, plus c'est crédible.

Pour en revenir à l'annonce de François Fillon, que faut-il en retenir ? Comme promis, le gouvernement va inviter les partenaires sociaux à dialoguer pour résoudre le problème. Mais la loi est déjà prête, il ne manque plus que l'apposition du doigt de dieu pour la faire vivre ! C'est une formidable leçon de démocratie où la négociation ne sert que de cache-misère républicain, et dans laquelle le dialogue se déroule avec le canon sur la tempe. Les détracteurs du petit Nicolas ont souvent évoqué sa "brutalité". On la voit ici à l'oeuvre.

Pourtant, à force de se faire brutaliser, les petites gens pourraient bien regimber. Certes, les syndicats et autres opposants politiques jouent à merveille le rôle de l'indignation qu'ils répètent mezza vocce depuis trop longtemps, mais le gouvernement leur donne enfin l'occasion qu'ils attendaient depuis le 6 mai dernier : un vrai sujet de discorde nationale. Il faut bien dire que jusqu'ici, on les a fort peu entendu sur les événements de l'été : les expulsions de sans-papiers, les textes passés en douce au coeur du mois d'août (les franchises médicales), les vacances présidentielles payées par des capitaines d'industrie, etc. Avec les retraites, les syndicats et les partis de gauche tiennent un vrai sujet de combat dans lequel ils ne risquent pas (ou moins) de perdre du crédit. Rajoutez que les français viennent de recevoir leur feuille d'impôt... on comprend que tous les éléments sont réunis pour l'organisation d'un beau combat.
Ainsi, la stratégie de l'opposition est claire : le gouvernement montre ses muscles, les syndicats montrent les dents. Ce matin sur Fance Inter, François Chérèque, patron de la CFDT, a pronncé les mots "conflit majeur", Jean-Claude mailly, de Force Ouvrière, déclare qu' "il faut s'attendre à des réactions". Olivier Besancenot, porte-parole de la LCR, estime qu'il est nécessaire de "répondre présent, dans la rue, dans les mobilisations" face à ce qu'il considère comme une "déclaration de guerre". Quant à François Hollande, il s'est déclaré attentif à la question. Houlala, attention, branle-bas de combat au PS, ça bouge encore !

Le moment de l'affrontement est peut-être arrivé. Les combattants en sont encore aux tentatives d'intimidation, faisant démonstration de leurs muscles (surtout la langue pour l'instant...), mais avec un tel sujet, la température pourrait rapidement monter de plusieurs degrés et une petite étincelle embraser la poudrière sociale.
par Tiger publié dans : ça ne tourne pas rond
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