Dans la
nouvelle affaire EADS, Patrick Devedjian joue les effarouchés :
"si le rapport de l'AMF est
exact, les faits sont graves et méritent des poursuites " a-t-il benoîtement déclaré. Comme s'il évoluait dans un monde de transparence, de sincérité et de désintéressement au profit de
l'intérêt général ! Qu'un responsable politique s'évertue à donner, même indirectement, des leçons de vie, des leçons de chose, bref, des leçons tout court dès qu'un micro se tend, me fera
toujours miauler de consternation !
Comment ne pas imaginer un seul instant que les dirigeants d'EADS ne sont pas coupables des (mé)faits qui ont été
révélés jeudi 3 octobre dernier par le Figaro ? Car leur innocence signerait
leur parfaite incompétence : "bonjour, je suis l'un des principaux actionnaires d'EADS, maison mère d'Airbus, mais je ne suis absolument pas au courant des difficultés traversées par
l'entrerprise actuellement ".
On sait que la fraude est un sport national français (international, oui, c'est vrai, mais la France est en pointe). Par exemple, rendez-vous, en période de rentrée scolaire, dans un magasin qui
vend des ordinateurs. Tous les papas et les mamans viennent équiper leur rejeton rentrant -qui en sixième, qui au lycée, qui en école de commerce. Près d'une fois sur trois, le papa ou la maman
demande que la facture soit établie au nom de leur société, de leur commerce, etc. Ces "petits" abus de biens sociaux peuvent passer pour négligeables, mais il faut se rendre compte de deux
choses :
- au niveau national, le cumul de ces tripatouillages aboutit à des sommes colossales,
- toute la collectivité patit de tels agissements. Prenons l'exemple de la redevance audiovisuelle : dans le même magasin informatique, combien de fois les vendeurs s'entendent-ils demander si
cette redevance est dûe lorsqu'on achète un ordinateur équipé pour recevoir la TV (la réponse est non) ? Le seul fait de poser la question identifie le fraudeur !
La France est un pays de petits boutiquiers qui comptent leurs centimes, et ce n'est pas le discours politique dirigeant qui va changer les choses.
Nabot-Léon, au contraire, joue à longueur de discours sur la corde individualiste de monsieur Toulmonde. Dire que l'intérêt particulier passe
avant l'intérêt général est une incongruité, car l'intérêt général n'existe plus ! ça râle en ville contre les couloirs de bus, ça peste contre l'idée d'une taxe sur les 4x4, ça éructe
contre l'interdiction de fumer dans les bars, ça menace de représailles lors des modifications des dates de chasse, ça fait du lobbying à la petite semaine à tous les coins de rue, ça clientélise
avec le maire, avec le député... L'affaire EADS, c'est exactement la même chose, mais à une autre échelle. Plus il y a de pouvoir dans une paire de mains, moins ces dernières ont une chance de
rester propres. Alors, lorsqu'on dirige LA grosse entreprise européenne, qu'on compte en millions (milliards) d'euros comme d'autres vivent sous une tente au bord d'un canal, pourquoi ne
profiterait-on d'une information sensible et secrète qui permet de lire l'avenir ("les actions de mon groupe vont faire une belle chute dans un mois, lorsque seront révélés au public
les retards de livraison") ? il faudrait être bien niais pour rester intègre, surtout si cela affecte directement son porte-monnaie personnel . Et quand bien même on se ferait prendre, il
suffit de connaître des gens suffisamment haut placés pour amortir l'affaire. Par exemple, un ami de toujours, un "frère" qui s'apprêterait à devenir président de la République. Et qui,
justement, aurait dans ses cartons un projet de
dépénalisation du droit des affaires qu'
il confiera en temps utile à sa garde (des sceaux) rapprochée,
une amie de toujours, une "soeur" de sa femme. Et ce serait comble de malchance que la révélation du scandale et l'annonce de la réforme tombent le même jour !
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