La caisse de résonnance que représentent les médias sont une aubaine pour le pouvoir en place. De mémoire de chat, je ne me souviens pas qu'une grève ait jamais fait la une des radios,
télévisions et sites internet plusieurs jours avant la date du mouvement. Jusqu'ici, les médias se contentaient de donner les prévisions de traffic la veille des mouvements sociaux. Mais la
communication, tellement plus "moderne", tellement plus "sexy", tellement plus "efficace" que la réflexion en profondeur, la confrontation d'idée ou les débats exhaustifs, est devenue l'arme
principale de la politique du nouveau gouvernement. Ce dernier n'a d'ailleurs pas eu beaucoup de difficulté à inféoder une profession qui, dans l'ensemble, a depuis longtemps abandonné toute
volonté de réflexion sur elle-même et sur sa morale, toute possédée d'elle-même par les grands groupes amis du nouveau chef.
Voici donc plusieurs jours que les journaux reprennent à leur compte "l'info" distillée par le gouvernement qui a lui-même prévu une grève massive, et prévenu les usagers qu'ils allaient en
baver. Manoeuvre, "B.A.BA de la manipulation" de l'opinion, selon l'expression de
Bernard Maris ce mercredi dans sa chronique sur France
Inter : en annonçant le pire, le pouvoir a toutes les chances d'effrayer ceux qui seront pénalisés par cette grève, de les titiller dans leur individualisme sarkosien, mais aussi de claironner
dès vendredi (je les entends déjà) que le mouvement n'a pas eu l'ampleur annoncée et que cette grève est un échec. Le point qui chagrine n'est pas que le gouvernement manipule l'opinion, car il
se contente de jouer une partition écrite par les petites mains de l'Elysée sous la baguette de leur hôte, mais bien que l'ensemble de la presse n'analyse pas la manoeuvre et, la relayant,
l'amplifie, la propage, et pèse par action et par mission en faveur du pouvoir. Massivement.
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