Voilà bien longtemps que je ne vous avais pas parlé de moi... C'est que la vie ne nous laisse pas toujours agir comme nous le souhaiterions. C'est aussi vrai pour les humains que pour les
chats.
Avec décembre est venu le temps des rappels de vaccination. C'est un euphémisme d'affirmer que je goûte peu le cabinet des doctes praticiens de la seringue, où toutes les puanteurs se donnent
rendez-vous : des bébés qui exhalent encore les odeurs d'incompréhension de la vie aux anciens qui sont près de passer de l'Autre Côté, des jeunesses arrogantes aux paralysés de l'arrière-train
et autres infirmes de la circulation routière, toute la grandeur et toutes les misères du règne animal laissent en ces lieux leurs traces olfactives qui vous sautent aux narines avant même
d'avoir franchi la porte. Mais bon, les humains ne semblent se rendre compte de rien, alors...
Le problème de ces visites est qu'elles ne sont pas cantonnées à la torture de l'aiguille traîtreusement enfoncée dans le bas du cou. Il faut encore subir moult palpations et autres examens,
jusqu'au grand final : la pesée. Instant d'angoisse, une poignée de secondes dont dépend votre alimentation des six ou douze prochains mois. Que croyez-vous qu'il advint de ma personne l'autre
jour ? Bien sûr, vous le savez depuis que vous avez lu le titre de cet article, j'ai pris du poids. Mais vous rendez vous compte de l'ampleur de la catastrophe qui s'est abattu sur ma gamelle ?
Imaginez qu'en une année exactement, j'ai pris un kilo. Tout rond. Mes maîtres se faisaient petits petits dans leurs souliers face aux remontrances de la blouse blanche qui leur conseillait de
diminuer ma pitance. Depuis, ils s'exécutent sans faillir et mon estomac doit matin et soir tirer un trait sur vingt pour cent de son allocation quotidienne de croquettes. Pour les haricots verts
itou. J'espère au moins que ce sacrifice servira aux intérêts de mes maîtres et que les économies qu'ils vont réaliser sur le bien-être de leur animal augmentera sensiblement leur pouvoir
d'achat.
L'autre soir, tonton P. et tonton Y. sont venus, à l'invitation de mes maîtres, déguster quelques crèpes. Car non contents de m'infliger un régime drastique, ces humains de malheur se vautrent en
ma présence dans des orgies de nourriture trop riches desquelles il n'est même pas envisageable que je m'approche à moins d'un mètre. La cruauté des humains n'a pas de borne.
Tonton Y. est un personnage attachant. D'abord, il accepte de visiter mes maîtres alors qu'il est affligé de rhinites et de pleurites dès qu'il m'approche un peu trop, ou parfois simplement en se
tenant dans une pièce à travers laquelle je me suis promené. Bref, il est obligé de se bourrer de comprimés
anti histaminiques dès qu'il
reçoit une invitation à passer chez nous.
Tonton Y. adore les animaux. Il les aime tellement qu'il est capable, ses jours de repos, de se lever longtemps avant le soleil pour aller les surprendre au réveil, et si possible les prendre en
photo. Comme il est également très doué dans ce domaine, il est tout à fait capable de revenir de ses matinales escapades en ramenant des scènes comme
celle-ci,
celles-ci ou encore
celles-là.
Enfin, tonton Y. a été outré lorsque mon maître a préparé ma gamelle et qu'il a constaté la légèreté de la ration. Rien que pour ça, je lui voue une reconnaissance éternelle.
Fatalement, lorsque tonton Y. est là, il prend des photos. Et devinez quel est son sujet favori ? Moi, bien sûr ! Ma maîtresse en était encore à chercher le tire-bouchon et les cahuètes qu'il
avait déjà dégainé l'appareil de mon maître (qui se trouve être l'ancien sien) et m'avait mitraillé à bout portant, manquant de saturer la carte mémoire d'une capacité pourtant confortable.Depuis
deux jours, je suis donc à la peine pour trier, dès que mes maîtres ont le dos tourné, le monceau de clichés laissés par tonton Y. Je vous en présente deux, violemment retouchés par mes soins
pour corriger ici ou là une dominante de la lampe de bureau ou un cadrage approximatif.

Franchement, vous trouvez que j'ai grossi ?
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