Au lendemain de la grande
goberge du nouvel an, les gueules de bois sont légion. Ce ne sont pas les
bulles de champagne qui font durer le plaisir sous les crânes, mais bien la fumeuse verbiosité du pacs Sarkozy-Guaino dont les plus attentifs se torturent à comprendre la teneur. Quant aux plus
cultivés, ils se demandent quelle mouche a piqué le
plumitif élyséen en lui faisant
plagier une expression d'Edgar Morin. Sans
doute la même mouche qui l'avait, au cours de la campagne présidentielle, incité à citer Jaurès et Blum. Guaino victime d'une mouche facétieuse, ceci explique cela.
L'expression en question est la fameuse "politique de civilisation", seule surprise d'une intervention
annoncée comme
inattendue, et qui fut d'un classicisme décevant, jusque dans un pathétique "chers compatriotes"
so chiraquien. Edgar Morin, philosophe et sociologue, a consacré sa vie à réfléchir
sur le fonctionnement de la société, a abordé de nombreux thèmes et développé des concepts qui font référence. Dans une interview accordée au journal
Le Monde, il s'étonne de voir son concept repris entre les cacahuètes et la dinde aux marrons au détour d'une opération de
communication télévisée. Comme il est un homme bien élevé, il se contente de s'interroger sur la sincérité du propos : "
Je ne peux exclure que M. Sarkozy réoriente sa politique dans ce
sens", déclare-t-il, en précisant, pas dupe : "
mais il ne l'a pas montré jusqu'à présent et n'en donne aucun signe".
Le journal catholique
La Croix rappelle que l'expression "politique de civilisation" est apparue en décembre
1995 "
dans le contexte du mouvement social contre la réforme Juppé". Edgar Morin,dont les idées sont "
plus keynesiennes que libérales", théorisera et complètera le concept en
1997 dans un livre co-écrit avec le politologue Sami Naïr et justement intitulé
Pour une politique de civilisation. Et La Croix de rappeler que le plagieur Guaino avait déjà recyclé l'expression devant un groupe de supporters séguinistes (oui, il y en a eu). Diable,
un récidiviste ! A quand les peines plancher ?
Dans son blog,
Pierre Assouline a beau tourner et retourner l'expression dans tous les sens, il
reste sur sa faim : "
Il est urgent que le chef de l’Etat nous en dise davantage" implore-t-il. Dépité, il évoque l'autre actualité de Nabot-Léon, à savoir sa casquette de chanoine de
l'abbaye de Latran.
Et si, en disant "politique de civilisation", le pseudo-ecclésiastique président français avait pensé
guerre de civilisation ? A l'image d'un Georges Bush sauvé de son alcoolisme
par le tout-puissant et prompt à vouloir répandre la parole divine à grands coups de dommages collatéraux,
Nabot-Léon se sent
peut-être investi d'une divine mission d'évangélisation. Car il faut prendre au sérieux les gesticulations pontificales du représentant de l'Etat français. L'épisode de latran et la visite à Rome
ne sont pas que du folklore. Assouline évoque l'
interview de Christian Terras, responsable du
journal catholique
Golias, publiée sur le site
Contre-journal. Terras y analyse le rapport à la
religion de Sarkozy, et explique notamment que jamais depuis l'instauration de la laïcité en France en 1905 un président de la République ne s'était permis les ostentatoires postures religieuses
que met en scène ce dernier. Le discours sarkozyen, aux relents moyen-âgeux, recycle les idées de Le Pen et de Maurras avant lui.
Il sera bientôt temps de crier au loup.
Dans mon commentaire j'ai mis un lien vers l'interview de Terras et je n'ai obtenu aucune suite ou presque, aucune réaction sur un blog pourtant squaté par de nombreux piliers et trés dynamique dans les débats.
Ce silence met vraiment mal à l'aise, autant que celui des médias pourtant si habituel sur les vraies questions.