Je dois vous faire un aveu : je n'ai pas regardé ni écouté la prestation pseudo-gaullienne de
nabot-Léon devant la presse
internationale. Il y a des jours comme ça où l'on n'a pas envie d'aller au cirque. A la place, j'ai commencé la lecture du premier volume du
manuel d'anti-économie de Bernard Maris, un économiste anti-économiste déprimant de lucidité, dont j'avais déjà
parlé ici. Rassurez-vous, je me suis rattrapé en lisant comme un affamé les compte-rendus du show présidentiel sur internet. Qu'en
ai-je retenu ? En tout premier lieu, que j'ai bien fait de na pas assister à la chose, j'aurais pu attaquer à coups de griffes l'écran même pas plat de mes maîtres.
Sinon ? Qu'
"avec Carla, c'est du sérieux". Ouf ! On avait peur que le coup de "la belle et la bête" ne soit qu'une
mystification médiatique de plus. Le roi Talonnette nous rassure, et on le croit. La date du mariage ne sera connue qu'après coup. Donc on ne saura rien. Mais il nous le dit quand même, jetant
une croquette aux chiens médiatiques, rien qu'une, histoire de les récompenser de leur fidélité tout en maintenant intact leur appétit.
Et pour
ce qui nous intéresse
?
"S'agissant du pouvoir d'achat, qu'est-ce que vous attendez de moi? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ?". Voilà un cri du coeur qui en dit long :
le président est impuissant à tenir sa principale promesse électorale. On savoure la suite de l'argumentation : "Réduire le débat politique français à la seule
question du pouvoir d'achat, c'est absurde, d'autant plus absurde que j'étais le seul à en parler". Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je comprends ceci : "je vous ai bourré le
mou avec le pouvoir d'achat pendant des mois pour me faire élire, c'était absurde, puisque de toutes façons je ne peux rien faire". Qui lui a glissé du penthotal dans son jus d'orange ?
Le petit Nicolas a abordé de très nombreux sujets au cours de la séance, jen ne vais pas paraphraser les articles que vous pourrez lire tranquillement. En gros, il a promis que maintenant, ça
serait mieux qu'avant, parce qu'avant c'était pas bien et qu'il faut tout changer : mort des 35 heures, plein de trucs super chouettes pour l'université, bref, 2008 c'est l'année de la Révolution
:
Paris ? "
La situation de l'agglomération parisienne est devenue inacceptable. La dureté de la vie que l'on impose à un trop grand nombre de ses habitants, les coûts humains,
écologiques, sociaux qu'engendrent ces dysfonctionnements ne sont pas supportables". Heureusement, il y a Neuilly pour compenser.
La Constitution ?
"Je souhaite que le préambule de notre Constitution soit complété pour garantir l'égalité de l'homme et de la femme, pour assurer le respect de la diversité et ses moyens,
pour rendre possible de véritables politiques d'intégration, pour répondre au défi de la bioéthique". C'est beau comme un discours de prétendante à la couronne de Miss France et ça ne mange
pas de pain. Et de préciser que "
sur les problèmes philosophiques, moraux, éthiques posés par la modernité, notre Constitution soit en avance sur notre temps". C'est vrai qu'en matière
d'éthique et de morale, il se pose en modèle.
Bling bling.
La croissance ? Conformément à la désormais traditionnelle méthode sarkozyenne, il sera fait appel à des "sommités" chargées de réfléchir. Aujourd'hui, deux prix Nobel sont appelés au chevet de
l'économie hexagonale. Voilà qui en jette ! Sauf que, derrière les apparences, il y a la réalité du monde. Ainsi, contrairement aux prix Nobel de chimie et de physique attribués par l'académie
royale des sciences de Suède, au prix Nobel de littérature attribué par l'Académie suédoise, au prix Nobel de la paix attribué par le parlement de Suède, le prix d'économie est attribué
par... la banque de Suède ! Ce dernier a été créé avec l'accord de la fondation Nobel très récemment (1968) alors que les
vrais prix Nobel
existent depuis 1901. Bref, ce que l'on appelle "prix Nobel d'économie" n'en est pas véritablement un. A ce sujet, je vous invite à lire le livre évoqué au début de l'article et qui raconte
(entre autres) comment les économistes ont toujours voulu faire de leur discipline une science "dure" en la rapprochant de la physique notamment, histoire que ça fasse "science". Ceci explique
cela. Tout ça pour dire qu'une réflexion sur le changement de calcul de la croissance menée par deux gars récompensés par une banque n'est guère de bon augure. Oui, vous avez bien lu : l'idée qui
sous-tend la manoeuvre est de
"changer notre instrument de mesure de la croissance". Voilà une méthode qui fonctionne, prenons l'exemple du chômage : depuis qu'on ne
compte plus les chômeurs de la même façon, il y en a moins. Magique non ? D'où cette brillante idée présidentielle : changeons la mesure de la croissance, avec un peu de chance, elle augmentera
!
Autre grande idée révolutionnaire : supprimer la publicité des chaînes de télévision publiques. Quel citoyen normalement constitué n'adhérerait pas à cette grande idée, surtout quand elle est
emballée dans un grand blabla "d'accès à la culture" et de "favoriser la création" ? Très bien, mais comment alors se financeront les chaînes ? Facile : par une taxe, ou mieux, par plusieurs taxes. Une taxe "sur les recettes publicitaires accrue des
chaînes privées" pour commencer. En gros, les chaînes privées gagneront beaucoup plus et reverseront une petite aumône aux chaînes publiques. Si je vous dis que l'action de TF1, la chaîne de
Martin Bouygues, un intime du président, a gagné plus de douze pour cent à la suite de cette annonce , qu'en déduisez-vous ?
Autre taxe pour financer cette grande et généreuse idée : une ponction sur les abonnements internet. Rassuez-vous, elle sera "
infinitésimale". Enfin, c'est une taxe quand même. Faire
payer le grand public pour que les proprios de TF1 arrondissent leurs fins de mois, est-ce bien "
éthique" ? Et, en passant, le prix d'une montre Rolex est-il infinitésimal dans un budget
présidentiel ?
Dernier enseignement que je retiens de ce
grand raout mondain : le président est un menteur et un effronté. Je n'invente
rien. Tout le monde le sait. Cette fois, c'est Libération
qui en apporte la preuve.
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