Que vaut l'âme d'un humain ? Je pensais que mes maîtres m'appréciaient, j'espérais qu'ils tenaient à moi, je rêvais parfois qu'ils m'aimaient. J'ai certes un peu déchanté quand
ils ont pris deux semaines de vacances sans moi, mais ils sont revenus si plein de contrition que j'ai sincèrement cru qu'ils avaient
souffert de cet éloignement temporaire. Et pendant leur absence, ils avaient pris soin de me confier à
cousin JM.
Depuis leur retour, les habitudes, les calins, les siestes sur les genoux et les nuits au bout du lit avaient repris comme avant. J'oubliais peu à peu cet accident de parcours de notre
relation.
Mais, à l'heure où je reprends confiance en eux, alors que la sérénité m'enveloppe de sa douce torpeur, voilà qu'à nouveau ils m'ont abandonné : ils ne sont pas rentrés depuis deux jours. Deux
nuits d'attente angoissée, à guetter derrière la porte le bruit de l'ascenseur ; deux jours à tourner en rond dans cet appartement silencieux, la faim au ventre. Quelqu'un est venu deux
fois remplir ma gamelle d'une double ration. Je n'ai pas compris que ces portions extra-large réunissaient mes deux repas habituels, à chaque fois je me suis goinfré, prenant bien soin d'honorer
comme il se doit cet unique geste quotidien à mon endroit en traquant la moindre poussière de croquette au fond du bol. Quelle déconvenue à l'heure du second repas journalier, l'attente de ma
chère s'ajoutant à celle de mes maîtres !
En ce dimanche matin débute leur troisième jour d'absence. Heureusement, ils n'ont pas éteint l'ordinateur, me permettant de vous rendre témoins du malheur qui m'accable. Heureusement aussi, ils
ont laissé la toute nouvelle livraison de
Francis Cabrel que j'écoute en boucle. Ça a tendance à me refaire espérer en l'âme humaine. Mais quand même,
les humains, quels salauds !
[MàJ]
Ils sont finalement rentrés dimanche soir. J'avais l'estomac dans les coussinets ; je commençais à désesperer ; ils ont ouvert la porte comme si rien ne s'était passé, plutôt joyeux. Ils ont posé
leurs gros sacs : ces derniers exhalaient une insupportable et terrifiante odeur chevaline. Apparemment, ils ont passé un excellent week-end. Pas moi.
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