Dimanche 6 avril 2008
Que vaut l'âme d'un humain ? Je pensais que mes maîtres m'appréciaient, j'espérais qu'ils tenaient à moi, je rêvais parfois qu'ils m'aimaient. J'ai certes un peu déchanté quand ils ont pris deux semaines de vacances sans moi, mais ils sont revenus si plein de contrition que j'ai sincèrement cru qu'ils avaient
souffert de cet éloignement temporaire. Et pendant leur absence, ils avaient pris soin de me confier à cousin JM.
Depuis leur retour, les habitudes, les calins, les siestes sur les genoux et les nuits au bout du lit avaient repris comme avant. J'oubliais peu à peu cet accident de parcours de notre relation.
Mais, à l'heure où je reprends confiance en eux, alors que la sérénité m'enveloppe de sa douce torpeur, voilà qu'à nouveau ils m'ont abandonné : ils ne sont pas rentrés depuis deux jours. Deux nuits d'attente angoissée, à guetter derrière la porte le bruit de l'ascenseur ; deux jours à tourner en rond dans cet appartement silencieux, la faim au ventre. Quelqu'un est venu deux fois remplir ma gamelle d'une double ration. Je n'ai pas compris que ces portions extra-large réunissaient mes deux repas habituels, à chaque fois je me suis goinfré, prenant bien soin d'honorer comme il se doit cet unique geste quotidien à mon endroit en traquant la moindre poussière de croquette au fond du bol. Quelle déconvenue à l'heure du second repas journalier, l'attente de ma chère s'ajoutant à celle de mes maîtres !
En ce dimanche matin débute leur troisième jour d'absence. Heureusement, ils n'ont pas éteint l'ordinateur, me permettant de vous rendre témoins du malheur qui m'accable. Heureusement aussi, ils ont laissé la toute nouvelle livraison de Francis Cabrel que j'écoute en boucle. Ça a tendance à me refaire espérer en l'âme humaine. Mais quand même, les humains, quels salauds !
[MàJ]
Ils sont finalement rentrés dimanche soir. J'avais l'estomac dans les coussinets ; je commençais à désesperer ; ils ont ouvert la porte comme si rien ne s'était passé, plutôt joyeux. Ils ont posé leurs gros sacs : ces derniers exhalaient une insupportable et terrifiante odeur chevaline. Apparemment, ils ont passé un excellent week-end. Pas moi.
Depuis leur retour, les habitudes, les calins, les siestes sur les genoux et les nuits au bout du lit avaient repris comme avant. J'oubliais peu à peu cet accident de parcours de notre relation.
Mais, à l'heure où je reprends confiance en eux, alors que la sérénité m'enveloppe de sa douce torpeur, voilà qu'à nouveau ils m'ont abandonné : ils ne sont pas rentrés depuis deux jours. Deux nuits d'attente angoissée, à guetter derrière la porte le bruit de l'ascenseur ; deux jours à tourner en rond dans cet appartement silencieux, la faim au ventre. Quelqu'un est venu deux fois remplir ma gamelle d'une double ration. Je n'ai pas compris que ces portions extra-large réunissaient mes deux repas habituels, à chaque fois je me suis goinfré, prenant bien soin d'honorer comme il se doit cet unique geste quotidien à mon endroit en traquant la moindre poussière de croquette au fond du bol. Quelle déconvenue à l'heure du second repas journalier, l'attente de ma chère s'ajoutant à celle de mes maîtres !
En ce dimanche matin débute leur troisième jour d'absence. Heureusement, ils n'ont pas éteint l'ordinateur, me permettant de vous rendre témoins du malheur qui m'accable. Heureusement aussi, ils ont laissé la toute nouvelle livraison de Francis Cabrel que j'écoute en boucle. Ça a tendance à me refaire espérer en l'âme humaine. Mais quand même, les humains, quels salauds !
[MàJ]
Ils sont finalement rentrés dimanche soir. J'avais l'estomac dans les coussinets ; je commençais à désesperer ; ils ont ouvert la porte comme si rien ne s'était passé, plutôt joyeux. Ils ont posé leurs gros sacs : ces derniers exhalaient une insupportable et terrifiante odeur chevaline. Apparemment, ils ont passé un excellent week-end. Pas moi.
par Tiger
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ma vie de chat
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Du coup, la vie se passe merveilleusement
bien entre nous : nous évoluons dans un amour réciproque qui m'assure bien-être et sérénité. Je les aime et ils m'aiment.
Dans le métro, je sais que le
voyage touche à sa fin. A chaque station, je sens notre chez-nous qui se rapproche. Puis c'est notre rue. Il pleut, et les gouttes passent au travers des filets d'aération de mon sac. Je râle. Je
veux sortir de ce sac. J'en ai vraiment assez. Dans l'ascenseur, je m'agite tellement que mon maître condescend à me laisser sortir et couvrir les derniers mètres sur mes pattes. L'ascenseur
s'ouvre, je me précipite sur le pallier. Mon maître donne les deux tours de clefs dont le bruit m'est si familier, et ça y est, je suis chez moi. Soulagé. Déçu. Triste. Comme un retour de
vacances. Ma maîtresse me manque.
La seule chose que j'y ai
découvert est une balle de tennis de table orange qui semble aussi abandonnée que le reste de l'endroit. Pas une fois je n'ai vu mes maîtres s'adonner à la pratique de ce sport, je suppose donc
que cette balle erre sur le carrelage depuis longtemps, peut-être l'été précédent, au gré des vents qui parviennent à se faufiler entre les collines arborées qui entourent mon lieu de
villégiature.
J'écoute les cigales cesser les unes après les autres leurs stridulations
zézayantes, au fur et à mesure que le soleil s'enfonce derrière les arbres, n'accordant au paysage qu'une lumière de plus en plus déclinante. Je pourrais rester comme ça des heures. D'ailleurs,
c'est ce que je fais, si toutefois le grelot annonciateur ne se fait pas entendre. L'autre soir, emporté dans mes pensées, je n'ai pas entendu le monstre s'approcher. Il avait du s'avancer
chaussé de ses chaussettes de silence et son grelot n'avait pas tinté. Je le vis au dernier moment, qu'un sinistre grondement remontait de sa gorge avant d'éclater en un terrible aboiement.
Réfléchissant à toute vitesse, je me dis qu'une fuite dans la maison entraînerait un saut du monstre à travers la fenêtre, même si cette dernière ne laissait pas assez d'espace pour qu'il puisse
passer. Il risquait de casser quelque chose, un montant de fenêtre ou, se réceptionnant tant bien que mal à l'intérieur, les affaires de mes maîtres rangées tout près. Avant que l'aboiement ait
fini de résonner, j'avais moi-même terminé mon raisonnement et opté pour une fuite sur le côté et une course autour de la terrasse. Le monstre me suivrait, dégageant ainsi l'accès à la fenêtre.
Le temps de faire le tour, le bruit aurait alerté mes maîtres qui jouaient à la pétanque non loin de là. J'aurai le temps de rentrer par la fenêtre et de plonger vers ma niche avant que le
molosse ait eu le temps de comprendre où j'étais passé. Et c'est ce qui arriva. Le monstre se jeta à ma poursuite en beuglant comme un damné dans les flammes de l'enfer, tentant de me suivre tant
bien que mal. Pour donner du piment à la scène, je poussai moi aussi quelques cris suraigus dont je savais qu'ils provoqueraient une attention immédiate chez mes maîtres. Après avoir accompli le
tour de la terrasse, je sautai à travers la fenêtre entrouverte et fonçai dans la niche au-dessus de la douche. Glissant un oeil hors de mon repère, je constatai avec satisfaction que mes maîtres
avaient accouru en criant et que le monstre, dépité, tentait vainement de comprendre par quel prodige je m'étais instantanément volatilisé.
Lors de mes pérégrinations, je redécouvrai avec
délice un coin que j'avais trouvé aux dernières heures de mon précédent séjour. Il s'agit d'une sorte de niche au-dessus de la douche, dans laquelle règne en permanence une température fraîche.
Ayant grandi depuis l'année dernière, je n'avais plus aucune difficulté pour y accéder, et le bond de près de deux mètres ainsi que les quelques pas le long d'une percée dans la cloison ne
me faisaient absolument pas peur. Encombrée d'antiques ustensiles de toilette, cette niche bizarrement placée allait vite devenir mon lieu de repos favori.
Mes maîtres ne faisant pas partie de cette catégorie, j'étais seul dehors, le coeur rempli de témérité. Enfin j'étais l'aventurier authentique, le découvreur de
civilisations, l'ouvreur de chemins vers des mondes inexplorés, j'étais Colomb, j'étais Livingstone, le monde était à moi, au moins jusqu'au grillage de la propriété. Je découvris ainsi des
chemins de terre et de cailloux, j'inventoriais les arbres, je traversai une savane de hautes herbes, rien ne pouvait m'arrêter.
Puis j'entendis des voix. Je m'avançai prudemment pour voir ce qu'il se passait. Je vis le propriétaire des
lieux (celui que ma maîtresse appelle"papa" et qui est le maître du monstre) accueillir deux personnes. Visiblement, "papa" recevait. Je repartis vers la maison tourner autour des jambes de ma
maîtresse. Un peu plus tard, j'entendis tinter le grelot que porte en permanence le monstre autour du cou. Méfiant, je me concentrai sur ce bruit. Soudain, "papa" déboula avec ses invités... et
le monstre ! Celui-ci m'aperçut et se mit à aboyer et à courir dans ma direction. Je fis gonfler ma queue pour tenter de l'impressionner, mais je me rendis compte instantanément de ce que cette
situation avait de ridicule par rapport à la taille du molosse. Je décidai d'appliquer mon plan B et me précipitai vers mon coin-niche. Là, j'étais sûr que le monstre ne pourrait m'atteindre. Mon
maître, qui prenait une douche, fut surpris de me voir sauter et me terrer au fond de ma cachette. Peu importe ce qu'il pensait de la situation, j'étais bien décidé à rester là haut jusqu'à la
complète disparition du monstre.



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