Dimanche 6 avril 2008

Que vaut l'âme d'un humain ? Je pensais que mes maîtres m'appréciaient, j'espérais qu'ils tenaient à moi, je rêvais parfois qu'ils m'aimaient. J'ai certes un peu déchanté quand ils ont pris deux semaines de vacances sans moi, mais ils sont revenus si plein de contrition que j'ai sincèrement cru qu'ils avaient souffert de cet éloignement temporaire. Et pendant leur absence, ils avaient pris soin de me confier à cousin JM.
Depuis leur retour, les habitudes, les calins, les siestes sur les genoux et les nuits au bout du lit avaient repris comme avant. J'oubliais peu à peu cet accident de parcours de notre relation.

Mais, à l'heure où je reprends confiance en eux, alors que la sérénité m'enveloppe de sa douce torpeur, voilà qu'à nouveau ils m'ont abandonné : ils ne sont pas rentrés depuis deux jours. Deux nuits d'attente angoissée, à guetter derrière la porte le bruit de l'ascenseur ; deux jours à tourner en rond dans cet appartement  silencieux, la faim au ventre. Quelqu'un est venu deux fois remplir ma gamelle d'une double ration. Je n'ai pas compris que ces portions extra-large réunissaient mes deux repas habituels, à chaque fois je me suis goinfré, prenant bien soin d'honorer comme il se doit cet unique geste quotidien à mon endroit en traquant la moindre poussière de croquette au fond du bol. Quelle déconvenue à l'heure du second repas journalier, l'attente de ma chère s'ajoutant à celle de mes maîtres !

En ce dimanche matin débute leur troisième jour d'absence. Heureusement, ils n'ont pas éteint l'ordinateur, me permettant de vous rendre témoins du malheur qui m'accable. Heureusement aussi, ils ont laissé la toute nouvelle livraison de Francis Cabrel que j'écoute en boucle. Ça a tendance à me refaire espérer en l'âme humaine. Mais quand même, les humains, quels salauds !

[MàJ]

Ils sont finalement rentrés dimanche soir. J'avais l'estomac dans les coussinets ; je commençais à désesperer ; ils ont ouvert la porte comme si rien ne s'était passé, plutôt joyeux. Ils ont posé leurs gros sacs : ces derniers exhalaient une insupportable et terrifiante odeur chevaline. Apparemment, ils ont passé un excellent week-end. Pas moi.
par Tiger publié dans : ma vie de chat
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Lundi 31 mars 2008

Si je ne vous ai pas écrit depuis le retour de mes maîtres, c'est qu'avec eux s'en est venue une chose mystérieuse qui a titillé mon odorat dès la porte franchie. Hélas, ces humains bornés se sont depuis ingéniés à me tenir éloigné de la chose, et comme de l'ignorance naît la curiosité (en tous cas chez moi...), je suis devenu de plus en plus avide de m'approcher et d'en savoir plus. Hélas, la porte de la cuisine, déjà rarement ouverte, reste systématiquement fermée, et plus jamais mes maîtres n'oublient de caler la planche de bois qui en bloque l'accès, m'empêchant d'en venir à bout selon une technique éprouvée (j'ai déjà raconté ma technique pour ouvrir les portes dans un article sur lequel je n'arrive pas à remettre la patte. J'offre une photo dédicacée à la lectrice ou au lecteur qui le retrouvera ; merci de répondre dans les commentaires). Bref, voilà un couple de semaines que je ne pense plus qu'à ça !

Et puis, et puis, avec l'usure du temps, les meilleures intentions du monde perdent de leur urgence, et hier, enfin, j'ai pu me glisser dans le mince interstice laissé par la porte à peine entrebaillée ; ce qui prouve en passant que je n'ai pas pris tant de poids que ça (mais c'est une autre histoire). Curiosité à son paroxysme, odorat affûté comme une lame de sabre nippon, je me suis approché et j'ai vu. Enfin, j'ai aperçu, parce que mes maîtres sont aussitôt apparus en poussant des cris d'orfraie et s'en invectivant à qui mieux-mieux en se rejetant la responsabilité de la négligence. Une cage plutôt petite, aux barreaux serrés, des couleurs vives, voilà tout ce que mes yeux ont pu capter dans ma fugitive incursion, avant de me faire promptement soulever de terre et, après un court vol plané au-dessus du parquet, être retombé du mauvais côté de la porte prestementsécurisée. Plus frustré qu'à mon tour, je décidai de me poster à un coin stratégique où je pourrai surveiller l'entrée de la cuisine tout en ayant l'air de dormir.

Je n'eus pas à attendre plus d'une vingtaine d'heures. Ce matin au réveil, mes maîtres affichaient leur mine propre aux lendemains de passage à l'heure d'été. C'est fou comme une poignée de minutes peut changer la physionomie d'un humain... Tant mieux pour nous, qui retrouvons nos bipèdes (selon l'expression de la Martine) plus proches que jamais de leur état animal. Bref, j'ai tout de suite senti que LE jour était arrivé. Je n'ai pas attendu longtemps. La première savate trainante qui passa la porte de la cuisine ce matin laissa grand-béer l'entrée de la pièce et il ne me fallut que quelques dixièmes de secondes pour me propulser dans la place. Depuis la planète sommeil, mon maître ne prêta pas une once d'attention à ma présence, trop occupé à se demander ce qu'il pouvait bien faire debout face au réfrigérateur ouvert, sûr qu'il y avait une bonne raison et s'évertuant à la chercher au fond de son subconscient.

Je me suis avancé vers la cage, la truffe frémissante, et j'ai vu une créature d'une beauté exquise, qui fixait sur moi ses grands yeux noirs suppliants remplis d'une terrible solitude. J'en eus le coeur déchiré. Je m'approchai doucement pour ne pas l'effaroucher et collai ma truffe contre la grille. Le petit être tendit sa main griffue à travers les barreaux de sa cage et la posa près de mon oeil. Surpris par cette démonstration d'amitié inattendue, je reculai d'un pas.

Hélas, le destin est cruel. Ma maîtresse a emporté mon nouveau et mon seul ami en partant travailler. Il n'était ici que de passage. Au cours de son séjour, il nous avait été interdit de nous rencontrer, et le jour où, enfin, nous pouvions nous connaître, il m'était enlevé, sans doute à jamais. Ne me reste de lui que cette photo que mes maîtres ont pris avant qu'il s'en aille. Mais que vaut une photo en prix d'une amitié brisée ?


par Tiger publié dans : ma vie de chat
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Mercredi 5 mars 2008


Voilà 9 jours que mes maîtres sont en vacances et m'ont laissé en pension chez cousin JM.  Hier, ils ont -enfin !- daigné prendre contact avec mon hôte pour s'enquérir de ma santé et de ma vie sans eux.
Ils sont  en Amérique, vous l'avais-je dit ? Enfin, ils sont en Louisiane, est-ce encore l'Amérique ? Oui, sans aucun doute ! J'ai eu l'occasion, lorsque cousin JM était au boulot, de faire quelques recherches sur internet : l'histoire de la Louisiane est intimement liée à l'histoire de France. C'est une Histoire méconnue des français, non enseignée à l'école, et pourtant ! L'Histoire de la Louisiane évoque l'esclavage, l'émigration, le rêve américain, la déportation de français, l'Espagne, les métissages, la création de la culture créole, les brimades subies par une minorité francophone, des dizaines d'années de souffrance, de contradictions, et aujourd'hui, les cajuns, des gens qui tentent de rester francophones et qui perpétuent une langue, une cuisine, une musique et des chansons savoureuses, et tant d'autres choses ! A découvrir notamment par ici.

Mes maîtres ont beaucoup discuté de leur voyage puis ils ont fini par demander de mes nouvelles : chère maîtresse, cher maître, je vais bien, merci. Cousin JM joue très bien du piano, et c'est vraiment très agréable d'entendre quelqu'un qui maîtrise son instrument. Je n'ai pas l'habitude de cela à la maison ! Cousin JM fait très bien les calins : dès qu'il rentre le soir, je fais tout pour qu'il me prenne dans ses bras et je grimpe sur lui dès qu'il s'installe dans son canapé. Je lui présente régulièrement mon postérieur, je crois que ça lui plaît...

Internet c'est bien, parce que ça permet de communiquer n'importe quand avec n'importe qui de n'importe quel endroit. Du coup, quand quelqu'un met neuf jours à demander des nouvelles de vous, on s'interroge sur le degré d'intérêt réel qu'ils vous porte... Chère maîtresse, cher maître, sachez que vous pouvez prendre votre temps en Amérique. Ici, cousin JM et moi passons du bon temps. Nous nous entendons très bien, et tout se passe à merveille entre nous. Bien sûr, je serai content de rentrer à la maison, parce que l'appartement de cousin JM est quand même très petit. Mais je garderai un excellent souvenir de votre voyage, qui restera pour moi aussi comme une très agréable période de vacances.
par Tiger publié dans : ma vie de chat
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Mercredi 20 février 2008

Voilà déjà près d'une semaine  que j'ai reçu mon cadeau, suite à ma victoire  au concours de photos organisé par Kickoff. Je vous en aurais bien parlé avant, mais mes maîtres ont une activité informatique frénétique en ce moment et ne lâchent pas le clavier ! J'ai cru comprendre qu'ils préparent un voyage...

Pour en revenir à mon cadeau, il faut absolument que je vous raconte le coup de chance incroyable que j'ai eu. En attente du colis, je me demandais comment j'allais pouvoir récupérer mon bien sans que mes maîtres ne se rendent compte de quoi que ce soit... Je les imaginais déjà triant le courrier et tombant sur un paquet qui m'est destiné... ils auraient cru à la plaisanterie d'un de leurs amis, auraient ouvert le paquet et découvert mon cadeau griffé de l'adresse du blog de Kickoff, seraient tombé sur la photo gagnante de mon maître et, de fil en aiguille, seraient remontés jusqu'ici.

Cela faisait quelques jours donc que je m'angoissais à l'idée de devoir leur expliquer le pourquoi et le comment du blog quand ils sont rentrés un soir après avoir fait leurs emplettes à la supérette du coin. Tendus, stressés et pressés comme les humains peuvent l'être au retour des courses, ils avaient les bras surchargés de leurs achats et du courrier récupéré en passant. Ils se précipitèrent avec leurs achats dans la cuisine pour tout ranger, négligeant le courrier jeté sur la table du salon.Dès qu'ils furent occupés à remplir le frigo et les placards alentours, je me précipitai sur la table, écartait les pubs et les les factures et trouvait un colis de la forme et de la taille d'une enveloppe A4 et d'une épaisseur de quelques centimètres. Je subtilisai l'objet sans autre forme de procès et l'emportai dans un coin tranquille. Je le dépiautai tranquillement puis cachai les emballages sous le canapé, sûr qu'avant que mes maîtres le découvrent, j'aurais bien le temps de le déchiqueter et d'évacuer discrètement les morceaux au fur et à mesure.

Je vous sens tendus comme des arbalètes, piaffant d'impatience, vous demandant à quel moment je vais me décider à vous révéler le contenu du paquet. Et bien figurez-vous que ce plaisantin de Kickoff n'a rien trouvé de mieux que de m'offrir... un tapis de souris ! Mais pas n'importe quel tapis de souris, un modèle unique, entièrement personnalisé à mon nom. Et vous savez quoi ? J'adore mon cadeau !

Tiger-tapisdesouris.png
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Lundi 10 décembre 2007

En ce 10 décembre, je viens ici souhaiter un très joyeux anniversaire à ma maîtresse, lui dire que je suis le chat le plus heureux du monde grâce à elle, et que je plains tous les autres chats du monde qui ne bénéficient pas de ses caresses.
J'en profite pour lui offrir le plus beau des cadeaux : une photo de moi :-)


par Tiger publié dans : ma vie de chat
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Dimanche 9 décembre 2007

Voilà bien longtemps que je ne vous avais pas parlé de moi... C'est que la vie ne nous laisse pas toujours agir comme nous le souhaiterions. C'est aussi vrai pour les humains que pour les chats.

Avec décembre est venu le temps des rappels de vaccination. C'est un euphémisme d'affirmer que je goûte peu le cabinet des doctes praticiens de la seringue, où toutes les puanteurs se donnent rendez-vous : des bébés qui exhalent encore les odeurs d'incompréhension de la vie aux anciens qui sont près de passer de l'Autre Côté, des jeunesses arrogantes aux paralysés de l'arrière-train et autres infirmes de la circulation routière, toute la grandeur et toutes les misères du règne animal laissent en ces lieux leurs traces olfactives qui vous sautent aux narines avant même d'avoir franchi la porte. Mais bon, les humains ne semblent se rendre compte de rien, alors...
Le problème de ces visites est qu'elles ne sont pas cantonnées à la torture de l'aiguille traîtreusement enfoncée dans le bas du cou. Il faut encore subir moult palpations et autres examens, jusqu'au grand final : la pesée. Instant d'angoisse, une poignée de secondes dont dépend votre alimentation des six ou douze prochains mois. Que croyez-vous qu'il advint de ma personne l'autre jour ? Bien sûr, vous le savez depuis que vous avez lu le titre de cet article, j'ai pris du poids. Mais vous rendez vous compte de l'ampleur de la catastrophe qui s'est abattu sur ma gamelle ? Imaginez qu'en une année exactement, j'ai pris un kilo. Tout rond. Mes maîtres se faisaient petits petits dans leurs souliers face aux remontrances de la blouse blanche qui leur conseillait de diminuer ma pitance. Depuis, ils s'exécutent sans faillir et mon estomac doit matin et soir tirer un trait sur vingt pour cent de son allocation quotidienne de croquettes. Pour les haricots verts itou. J'espère au moins que ce sacrifice servira aux intérêts de mes maîtres et que les économies qu'ils vont réaliser sur le bien-être de leur animal augmentera sensiblement leur pouvoir d'achat.

L'autre soir, tonton P. et tonton Y. sont venus, à l'invitation de mes maîtres, déguster quelques crèpes. Car non contents de m'infliger un régime drastique, ces humains de malheur se vautrent en ma présence dans des orgies de nourriture trop riches desquelles il n'est même pas envisageable que je m'approche à moins d'un mètre. La cruauté des humains n'a pas de borne.
Tonton Y. est un personnage attachant. D'abord, il accepte de visiter mes maîtres alors qu'il est affligé de rhinites et de pleurites dès qu'il m'approche un peu trop, ou parfois simplement en se tenant dans une pièce à travers laquelle je me suis promené. Bref, il est obligé de se bourrer de comprimés anti histaminiques dès qu'il reçoit une invitation à passer chez nous.
Tonton Y. adore les animaux. Il les aime tellement qu'il est capable, ses jours de repos, de se lever longtemps avant le soleil pour aller les surprendre au réveil, et si possible les prendre en photo. Comme il est également très doué dans ce domaine, il est tout à fait capable de revenir de ses matinales escapades en ramenant des scènes comme celle-ci, celles-ci ou encore celles-là.
Enfin, tonton Y. a été outré lorsque mon maître a préparé ma gamelle et qu'il a constaté la légèreté de la ration. Rien que pour ça, je lui voue une reconnaissance éternelle.

Fatalement, lorsque tonton Y. est là, il prend des photos. Et devinez quel est son sujet favori ? Moi, bien sûr ! Ma maîtresse en était encore à chercher le tire-bouchon et les cahuètes qu'il avait déjà dégainé l'appareil de mon maître (qui se trouve être l'ancien sien) et m'avait mitraillé à bout portant, manquant de saturer la carte mémoire d'une capacité pourtant confortable.Depuis deux jours, je suis donc à la peine pour trier, dès que mes maîtres ont le dos tourné, le monceau de clichés laissés par tonton Y. Je vous en présente deux, violemment retouchés par mes soins pour corriger ici ou là une dominante de la lampe de bureau ou un cadrage approximatif.Tiger-TontonY.png
Tiger-tontonY2.png
Franchement, vous trouvez que j'ai grossi ?

par Tiger publié dans : ma vie de chat
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Dimanche 5 août 2007

tiger-souschaise.png
Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. Pour de vrai. J'ai deux ans. L'âge de raison. En tous cas chez les chats. C'est l'âge ou l'on commence à se souvenir avec tendresse de ses premiers mois, de cette si extraordinaire jeunesse où le temps se partageait entre observations ébahies du monde, peur de l'inconnu et quête de nourritures en tous genres. Je me souviens par exemple avoir tenté de manger un paquet de farine. Ne trouvant pas ça très goûtu, j'avais laissé la farine étalée au milieu de la pièce. Cela n'avait que modérement plu à ma maîtresse. Plus tard, j'ai réitéré l'expérience avec une brique de lait. C'était mieux, mais pas très pratique à avaler. C'était le temps de l'insouciance. Depuis, j'ai voyagé, j'ai rencontré d'autres animaux, d'autres décors. J'ai découvert l'informatique.
Indéniablement, j'ai mûri. Il ne me vient que rarement à l'idée d'aller chercher ma pitance dans la poubelle de la cuisine, ou seulement parfois, quand l'heure du repas approche et que mes maîtres n'ont pas l'air de s'en rendre compte. Mais en règle générale, je préfère la négociation à l'action. La discussion vaut mieux que la violence. Eux et moi nous comprenons de mieux en mieux. Ils ont compris ce que j'aimais, et je sais leur demander ce dont j'ai envie : croquettes, calins... Tiger-fleursRouges.pngDu coup, la vie se passe merveilleusement bien entre nous : nous évoluons dans un amour réciproque qui m'assure bien-être et sérénité. Je les aime et ils m'aiment.

Ma vie sociale est également riche. Certes, en dehors de mes voyages, je ne rencontre pas beaucoup de gens. mais mon blog m'a permis de rencontrer  un tas de personnes formidables avec qui je corresponds régulièrement. Je profite d'ailleurs de l'occasion pour faire plein de miaou miaou à tous les ami(e)s qui me font l'honneur de me lire, de laisser un commentaire et de prendre des nouvelles sur le forum des blogueurs :  Sandy et Looping, Julima et les chats, Michka le pirate, Vinnce,  Dirtydiel, @tom,  Fraise et Cerise,  Moira,  la chienne Vira,  Martine,  et tous ceux que j'oublie, qu'ils me pardonnent  et viennent râler dans les commentaires, je les citerai dans un prochain article.

J'ai quand même un petit regret : en ce jour de fête, ma maîtresse n'est pas là, elle a dû partir quelques jours pour une obligation familiale, et mon maître part pique-niquer avec ses amis. Je ne peux pas lui en vouloir, il travaille toute la journée en sous-sol, alors le dimanche, il profite de la lumière du jour.
Je compte donc sur vous, fidèles lecteurs, pour ne pas me laisser tout seul aujourd'hui.
par Tiger publié dans : ma vie de chat
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Lundi 23 juillet 2007

Le blues du voyageur

J'ai dormi sans discontinuer pendant des heures et des heures. Par "sans discontinuer", j'entends "à part pour réclamer mes croquettes ", bien sûr.  Un sommeil peuplé d'étranges rêves qui m'arrachent des gloussements indéchiffrables. Il faut dire que l'ambiance est assez étrange : plus le bruit des cigales, plus la cabane au-dessus de la douche, plus le grelot du monstre. Plus les balades au sortir d'une fenêtre laissée entrouverte à mon intention. Le temps est pourri. On se croirait au mois d'avril. Nous avons quitté la Provence. Les vacances sont terminées, mais seuls mon maître et moi sommes rentrés chez nous. Ma maîtresse joue les prolongations du côté de Lyon. Elle me manque. Ses calins surtout. Surtout aussi sa façon de m'aimer, si palpable. Ça doit vous paraître étrange mais nous, les animaux,  sommes capables de voir vos sentiments comme s'ils étaient faits de matière. Ils le sont, d'ailleurs. Ceux que ma maîtresse éprouvent pour moi sont le plus grand réconfort que je connaisse. Je m'y love dès que possible, je m'en entoure à chaque instant, je m'en parfume à toute occasion. Son amour me construit et me définit : sans lui, je ne serais pas moi. Alors oui, elle me manque. Je trompe l'ennui en dormant, en parlant avec mon maître : où est-elle ? quand reviendra-t-elle ? Il me répond qu'il m'aime, me fais des calins, fais tout ce qu'il peut. C'est bien, mais ce n'est pas elle. Je vois bien que lui non plus n'est pas entier sans elle.

La journée du retour a commencé très tôt. Lever aux aurores dans la fraîcheur du matin. Branle-bas de combat général. On boucle les sacs, on fait un semblant de ménage, on n'a pas envie de partir, alors forcément, on s'irrite un peu, on se dit "dépêche-toi", on se répond "vas-y, ne m'attends pas"... Comme d'habitude, on trouve les sacs bien plus lourds qu'à l'aller. Puis vient le moment de partir pour de bon. "Papa", adorable jusqu'au bout, a proposé de nous amener jusqu'à la grande gare, nous évitant le TER. Je n'ai pas envie de monter dans la voiture, et tout le long du trajet, je le fais savoir à l'ensemble des automobilistes qui empruntent l'autoroute en même temps que nous, en criant de désespoir avec la régularité d'un métronome suisse. Quand mon maître me caresse beaucoup, je diminue le tempo. A l'arrivée, je suis tellement sur les nerfs que j'accueille avec joie l'ouverture de mon sac de transport. Contrairement à mon habitude, je m'y engouffre sans demander mon reste. A la montée dans le train, mes maîtres me glissent sous le siège à leurs pieds. Ils se souviendront que la climatisation souffle par en-dessous vers la fin du voyage. Ça ne me dérange pas. Ce vent froid et le stress du voyage en voiture s'unissent pour me plonger presqu'instantanément dans un engourdissement auquel je n'essaie même pas de résister.

A l'arrivée, le temps est gris, il pleut, il fait froid. Mes maîtres s'achètent des sandwichs qu'ils mangent debout dans le hall de la gare, dans le tumulte des voyageurs qui partent ou qui reviennent, dans la cohue de tous ceux qui attendent un train ou qui viennent chercher un voyageur. Ils peinent à se séparer. Je commence à trouver le temps long dans mon sac. Je gesticule pour leur faire comprendre. Finalement, mon maître prend ses bagages, cale mon sac sous son bras. Ma maîtresse me fait un dernier calin, puis on s'en va. Elle reste, attendant un train pour repartir dans l'autre sens. tiger-m--lancolie.pngDans le métro, je sais que le voyage touche à sa fin. A chaque station, je sens notre chez-nous qui se rapproche. Puis c'est notre rue. Il pleut, et les gouttes passent au travers des filets d'aération de mon sac. Je râle. Je veux sortir de ce sac. J'en ai vraiment assez. Dans l'ascenseur, je m'agite tellement que mon maître condescend à me laisser sortir et couvrir les derniers mètres sur mes pattes. L'ascenseur s'ouvre, je me précipite sur le pallier. Mon maître donne les deux tours de clefs dont le bruit m'est si familier, et ça y est, je suis chez moi. Soulagé. Déçu. Triste. Comme un retour de vacances. Ma maîtresse me manque.



lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée



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Jeudi 19 juillet 2007

Ma fenêtre préférée

J'ai adopté mon rythme de croisière. Compte tenu du temps qu'il me reste à passer ici, j'ai limité ma surface de jeu à quelques longueurs autour de la maison. Je reste prudent car j'entends parfois tinter le grelot du monstre, signe qu'il rode alentour. J'ai même repéré l'odeur de son urine à des endroits stratégiques. Stratégiques... pour un chien comme lui, peut-être. Mais pas pour moi. Ce ballot ignore sans doute que les chats ne se laissent pas mener par le bout de la truffe par leurs instincts comme de vulgaires canidés. Mais bon, comment l'animal qu'il est pourrait-il pressentir que je suis bien plus malin que lui ? Il a la puissance brute, j'ai l'intelligence. L'un compense l'autre. Je me dois donc d'assurer mes arrières. Je l'ai fait en me dégotant ma niche, je le fais encore en repérant, avant mes sorties, toutes les possibilités de retour, principalement par les fenêtres. Dans ma maison, il ne peut pas m'atteindre car mes maîtres prennent soin de fermer les portes pour lui en empêcher l'accès. Seules les fenêtres sont ouvertes partiellement.
Ma fenêtre préférée donne sur une petite terrasse carrelée qui ne sert pas à grand chose car elle n'est pas protégée des ardeurs du soleil. Elle fait parfois office de solarium mais reste la plupart du temps déserte. Tiger-pingpong.pngLa seule chose que j'y ai découvert est une balle de tennis de table orange qui semble aussi abandonnée que le reste de l'endroit. Pas une fois je n'ai vu mes maîtres s'adonner à la pratique de ce sport, je suppose donc que cette balle erre sur le carrelage depuis longtemps, peut-être l'été précédent, au gré des vents qui parviennent à se faufiler entre les collines arborées qui entourent mon lieu de villégiature.
Sur deux de ses côtés, cette terrasse est équipée de garde-fous en fer forgé. L'un donne sur un contrebas de plus de trois mètres, l'autre sépare la terrasse d'un chemin autrefois carrossable assez pentu. A son extrémité la plus basse, la terrasse est presque au niveau du chemin. C'est généralement par là que je choisis de m'éloigner vers les arbres.





Quand vient le soir et avec lui un semblant de fraîcheur, j'aime me poster sur le bord de ma fenêtre préférée. De là, ni dedans ni dehors, j'observe à loisir les territoires que j'ai découverts, je me remémore ce que j'ai vu et vécu, je prépare mes expéditions futures, j'affine mentalement les plans des différentes zones du territoire. Tiger-fenetre-Ceyreste.pngJ'écoute les cigales cesser les unes après les autres leurs stridulations zézayantes, au fur et à mesure que le soleil s'enfonce derrière les arbres, n'accordant au paysage qu'une lumière de plus en plus déclinante. Je pourrais rester comme ça des heures. D'ailleurs, c'est ce que je fais, si toutefois le grelot annonciateur ne se fait pas entendre. L'autre soir, emporté dans mes pensées, je n'ai pas entendu le monstre s'approcher. Il avait du s'avancer chaussé de ses chaussettes de silence et son grelot n'avait pas tinté. Je le vis au dernier moment, qu'un sinistre grondement remontait de sa gorge avant d'éclater en un terrible aboiement. Réfléchissant à toute vitesse, je me dis qu'une fuite dans la maison entraînerait un saut du monstre à travers la fenêtre, même si cette dernière ne laissait pas assez d'espace pour qu'il puisse passer. Il risquait de casser quelque chose, un montant de fenêtre ou, se réceptionnant tant bien que mal à l'intérieur, les affaires de mes maîtres rangées tout près. Avant que l'aboiement ait fini de résonner, j'avais moi-même terminé mon raisonnement et opté pour une fuite sur le côté et une course autour de la terrasse. Le monstre me suivrait, dégageant ainsi l'accès à la fenêtre. Le temps de faire le tour, le bruit aurait alerté mes maîtres qui jouaient à la pétanque non loin de là. J'aurai le temps de rentrer par la fenêtre et de plonger vers ma niche avant que le molosse ait eu le temps de comprendre où j'étais passé. Et c'est ce qui arriva. Le monstre se jeta à ma poursuite en beuglant comme un damné dans les flammes de l'enfer, tentant de me suivre tant bien que mal. Pour donner du piment à la scène, je poussai moi aussi quelques cris suraigus dont je savais qu'ils provoqueraient une attention immédiate chez mes maîtres. Après avoir accompli le tour de la terrasse, je sautai à travers la fenêtre entrouverte et fonçai dans la niche au-dessus de la douche. Glissant un oeil hors de mon repère, je constatai avec satisfaction que mes maîtres avaient accouru en criant et que le monstre, dépité, tentait vainement de comprendre par quel prodige je m'étais instantanément volatilisé.



lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée
chapitre 8 :  Le blues du voyageur
par Tiger publié dans : ma vie de chat
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Mercredi 18 juillet 2007

La niche du chat

Le monstre et moi ayant désormais chacun notre domaine, je décidai, ce matin, qu'il était temps de commencer les vacances pour de vrai. Je commençai par terminer de visiter l'intérieur. Je passai consciencieusement en revue tous les coins et recoins, allant même, à l'aurore, jusqu'à ouvrir la porte de la cuisine que mes maîtres avaient pris soin de fermer avant de se coucher. Je parviens sans problème à ouvrir presque toutes les portes, mais ma méthode n'est pas la plus silencieuse ni la plus discrète. En fait, j'agis presque comme n'importe qui le ferait : j'exerce une pression sur la poignée jusqu'à ce que la porte s'ouvre. C'est bête comme chou. Je saute sur la poignée, je l'agrippe avec mes pattes antérieures, sous mon poids, elle pivote lentement vers le bas jusqu'à permettre l'ouverture de la porte. A ce stade, je glisse au sol et la poignée remonte d'un coup, provoquant un claquement caractéristique. Généralement, mes maîtres arrivent alors en courant pour m'empêcher de commettre l'irréparable, comme déchiqueter un sac poubelle par exemple. A l'aurore donc, mon maître a débarqué, réveillé en sursaut par mes exploits gymnastes. Il m'a sermonné, m'a jeté hors de l'antre et a refermé la porte en m'enjoignant de ne pas recommencer. Ce que je fis pendant plusieurs minutes. Ma seconde tentative a eu raison de sa résistance. Nul ne vint m'importuner dans mon exploration. Mes maîtres étaient bien trop occupés à essayer de finir leur nuit dans la chaleur de leur chambre. A leur réveil plusieurs heures plus tard, ils purent constater que la porte de la cuisine était ouverte, qu'aucun sac poubelle n'était éventré, aucune victuaille mise à mal par mon instinct ou ma dentition. Que cela serve de leçon à leur paranoïa. Non mais pour qui me prennent-ils ?
Tiger-maisondubas.pngLors de mes pérégrinations, je redécouvrai avec délice un coin que j'avais trouvé aux dernières heures de mon précédent séjour. Il s'agit d'une sorte de niche au-dessus de la douche, dans laquelle règne en permanence une température fraîche. Ayant grandi depuis l'année dernière, je n'avais plus aucune difficulté pour y accéder, et le  bond de près de deux mètres ainsi que les quelques pas le long d'une percée dans la cloison ne me faisaient absolument pas peur. Encombrée d'antiques ustensiles de toilette,  cette niche bizarrement placée allait vite devenir mon lieu de repos favori.
Une fois que j'eus mémorisé le plan de la maison dans son intégralité, le temps vint de passer à l'extérieur. Dans le petit matin, la fraîcheur (relative) de la nuit n'e s'était pas encore suffisamment estompée pour réveiller les cigales. Seules quelques téméraires insomniaques répétaient timidement leurs trilles, laissant un silence relatif planer sur le jardin et la colline alentour. C'est l'heure à laquelle même les couche-tard aiment à faire l'effort de se lever pour aller se dégourdir les jambes dans les chemins environnements avant que le soleil et la chaleur n'écrasent toute velléité d'effort pour le restant de la journée. tiger-ceyreste02.pngMes maîtres ne faisant pas partie de cette catégorie, j'étais seul dehors, le coeur rempli de témérité. Enfin j'étais l'aventurier authentique, le découvreur de civilisations, l'ouvreur de  chemins vers des mondes inexplorés, j'étais Colomb, j'étais Livingstone, le monde était à moi, au moins jusqu'au grillage de la propriété. Je découvris ainsi des chemins de terre et de cailloux, j'inventoriais les arbres, je traversai une savane de hautes herbes, rien ne pouvait m'arrêter.
La journée passa ainsi. Je vis mes maîtres quitter la maison avec une serviette de plage sur le dos, puis je les vis revenir, ils vivaient leur vie, je vivais la mienne. Je me mis à rêver que la vie pourrait s'écouler ainsi, paisible et loin du tumulte des grandes villes. Juste eux, moi et la nature environnante qui m'emplissait l'âme et me donnait des pistes pour la recherche du vrai sens de la vie. Pourtant, je fus vite amené à redescendre sur Terre. J'entendis un bruit de moteur. Une voiture s'approcha, se gara. tiger-nicheDouche.pngPuis j'entendis des voix. Je m'avançai prudemment pour voir ce qu'il se passait. Je vis le propriétaire des lieux (celui que ma maîtresse appelle"papa" et qui est le maître du monstre) accueillir deux personnes. Visiblement, "papa" recevait. Je repartis vers la maison tourner autour des jambes de ma maîtresse. Un peu plus tard, j'entendis tinter le grelot que porte en permanence le monstre autour du cou. Méfiant, je me concentrai sur ce bruit. Soudain, "papa" déboula avec ses invités... et le monstre ! Celui-ci m'aperçut et se mit à aboyer et à courir dans ma direction. Je fis gonfler ma queue pour tenter de l'impressionner, mais je me rendis compte instantanément de ce que cette situation avait de ridicule par rapport à la taille du molosse. Je décidai d'appliquer mon plan B et me précipitai vers mon coin-niche. Là, j'étais sûr que le monstre ne pourrait m'atteindre. Mon maître, qui prenait une douche, fut surpris de me voir sauter et me terrer au fond de ma cachette. Peu importe ce qu'il pensait de la situation, j'étais bien décidé à rester là haut jusqu'à la complète disparition du monstre.



lire aussi :

chapitre 1 :  Préparatifs
chapitre 2 :  Le voyage
chapitre 3 :  Accoutumance
chapitre 4 :  Sortir
chapitre 5 :  Tout est à recommencer
chapitre 6 :  La niche du chat
chapitre 7 :  Ma fenêtre préférée
chapitre 8 :  Le blues du voyageur
par Tiger publié dans : ma vie de chat
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